Clean My Jarry : le compte à rebours est lancé !

Rencontre avec Maxime Gauthier, le président de l’association Clean My Island. Dimanche 2 août, est prévu un grand nettoyage de Jarry. Entretien.

La rédaction : Présentez-nous pour commencer votre association « Clean My Island » ?

Maxime Gauthier : CMI est une association loi 1901, créée en septembre 2019. Son but est de faire bouger les choses en Guadeloupe, de générer une prise de conscience, de mobiliser la jeunesse et d’agir pour l’environnement. L’urgence écologique est réelle, il est temps de passer à l’action ! L’histoire a commencé par un simple nettoyage d’une plage à Capesterre-Belle-Eau mené par un petit groupe de 7 personnes.

Forts et fiers de cette expérience, ce petit collectif a décidé de poursuivre l’aventure. CLEAN MY ISLAND se voit aujourd’hui comme un rassemblement écocitoyen et nous comptons 230 adhérents.

La rédaction : Quelles actions avez-vous à votre actif à ce jour ? Pour quels bilans ?

Maxime Gauthier : 17 opérations de ramassage de déchets sauvage, dont de nombreuses d’ampleurs. Le nombre de bénévoles varient entre 100 et 300 personnes sur chaque édition. Notre bilan se chiffre à environ 100 tonnes de déchets (nous ne faisons pas un suivi précis). Nous avons collecté autour de 30 bennes de 30m3, près d’un millier de pneus, des milliers de sacs poubelles de 200L, une quinzaine de VHU…

La rédaction : Votre association se lance un nouveau défi de taille. Un grand nettoyage de Jarry. Pourquoi une telle initiative ?

Maxime Gauthier : Une telle opération nécessite de très nombreux bénévoles. C’est donc une belle opportunité de toucher toujours plus de monde pour une prise de conscience massive en espérant changer les comportements.
Réunir des personnes d’horizons différents pour discuter écologie est un sacré tour de force dont nous ne sommes pas peu fiers.

Il est temps que la mangrove respire.

Par ailleurs, l’appui apporté par le MEDEF nous permet de voir participer un public différent car jusqu’à présent nos bénévoles sont très majoritairement des jeunes. Enfin et surtout, spontanément on ne pense pas à œuvrer sur une Zone Industrielle.  Car avant d’être une ZI, cet endroit n’était que nature et aujourd’hui le littoral, la mangrove, la forêt sèche souffrent énormément sur cette zone. Notre association ne recule devant aucun défi, ensemble rien n’est impossible !

La rédaction : Heu… Il vous sera compliqué de nettoyer complètement Jarry, en une journée, non ?

Maxime Gauthier : Si tout le monde joue le jeu tout est réalisable. Nous estimons le besoin de bénévoles à 2 300 personnes pour atteindre notre objectif, nous voulons croire que ce chiffre n’est absolument pas utopique. 7 zones ont été ciblées en accord et en collaboration avec notamment l’ONF, le Grand Port Autonome et le Conservatoire du littoral. Nous sommes tous d’accord sur ce point ; il est temps que la mangrove respire.

La rédaction : On le déplore, on ne compte plus le nombre de décharges sauvages, de dépôts d’encombrants. Pourtant, il y a des déchetteries. Comment expliquez-vous ces comportements et que vous inspirent-ils ?

Maxime Gauthier : Par manque de conscience, d’information, de sensibilisation. Certains ne se rendent pas compte des conséquences de leurs actes. Du coup, ils font parfois preuve de fainéantise en n’allant pas jusqu’à la déchèterie ou en n’attendant pas l’heure d’ouverture. Le problème dans notre société, gagnée par l’individualisme, est que chacun ne pense qu’à son acte en le minimisant. Le fléau est que ce geste n’en est qu’un parmi des milliers autres ! Par ailleurs, les moyens mis à disposition de la population sont parfois insuffisants (nombre de déchetteries, horaires d’ouverture parfois restreints, manque de poubelles etc …)

La rédaction : Que faudrait-il faire pour éviter ce genre de comportement ?

Maxime Gauthier : Nous espérons que nos actions et leur médiatisation vont agir en ce sens. Dans l’avenir nous souhaitons intervenir dans les écoles pour permettre que les plus jeunes soient sensibilisés. De sorte qu’ils deviennent non seulement des adultes responsables et respectueux mais aussi qu’ils influencent leurs proches. L’association est orientée sur les échanges, le partage avec la population sur le terrain. Nous prônons un dialogue bienveillant.

Le but est d’informer pour amorcer un changement des comportements. Les thèmes évoqués sont l’écologie, le recyclage, le gaspillage. Mais n’oublions pas que « le meilleur déchet, c’est celui que nous ne produisons pas ! » Nous comptons bien aborder ce thème également dans le futur pour apporter une vision différente des choses.

La rédaction : Pour l’opération « Clean My Jarry » prévue le 2 août prochain, comment les choses vont se dérouler concrètement ?

Maxime Gauthier : Le rendez-vous est au Parc d’activités de Jarry à 7h30. Au programme pour commencer, l’accueil des bénévoles, le petit déjeuner offert, un échauffement festif. Mais surtout une démonstration des gestes et postures pour apprendre à chacun comment soulever des objets potentiellement lourds sans souffrir ou se blesser. Ensuite quelques brèves allocutions sont prévues et nous livrerons d’ultimes consignes avant le départ à 8h30 pour les zones de nettoyage. Fin des opérations vers 12h30. Afin de remercier les bénévoles de leur engagement, on terminera par après-midi festif. Chacun pourra se restaurer dans une ambiance musicale et de détente. Des artistes seront là également et quelques surprises sont prévues.  

La rédaction :  Toutes les personnes de bonnes volontés sont attendues ? Chacun pourra porter sa contribution ?

Maxime Gauthier : Tout à fait, chacun peut participer, un peu, beaucoup, passionnément. Même si on ne peut rester qu’une heure ou deux, peu importe, chaque geste compte. Il y a de gros déchets mais aussi énormément de petits. Voire de tout petits donc même les enfants peuvent contribuer. C’est une très belle occasion de partager ce moment en famille car les enfants devraient être sensibilisés à ces valeurs dès le plus jeune âge. On peut aussi imaginer des groupes de collègues ou d’amis qui se lanceraient des petits défis, genre qui ramassera le plus ?

La rédaction : les volontaires devront être équipés. Vous avez tout prévu ?

Maxime Gauthier : Il appartient à chacun de se protéger, des gants solides, des bottes ou chaussures fermées, un masque, casquette, crème solaire, vêtements adaptés…

La rédaction : le MEDEF-Guadeloupe joue le jeu à vos côtés pour ce grand nettoyage de Jarry. C’est un soutien de poids ?

Maxime Gauthier : Une opération d’une telle ampleur nécessite un dispositif énorme et de grands moyens. Autorisations préfectorales, communales, présence d’un poste de secours, collaboration avec l’ONF, le conservatoire du littoral, le grand port maritime, la commune de Baie-Mahault, la police, la gendarmerie, l’association des commerçants de Jarry, la Région…

Donc le réseau du MEDEF nous facilite grandement la tâche. Ils ont exprimé leur volonté de soutenir notre association parce qu’ils sont sensibles à cette jeunesse qui entreprend. Et en particulier pour cette opération car Jarry est « le terrain de jeu » des professionnels adhérents du MEDEF. C’est en outre l’occasion pour eux de compenser un peu leur bilan carbone et l’impact qu’ils ont sur l’environnement.

L’association n’a pas pour but de culpabiliser. Peu importe ce que nous avons fait jusqu’à ce jour. Ce qui compte c’est ce que chacun fera aujourd’hui et demain.

L’engagement de chacun pour la protection de notre environnement doit être ferme. Nos entreprises, en qualité d’entreprises citoyennes, doivent se mobiliser pour limiter au maximum l’impact de leur activité sur le milieu naturel. Tout en contribuant à sa protection. C’est pourquoi la commission biodiversité du MEDEF s’est investie à nos côtés.

La rédaction : Vous avez repéré les sites à traiter à Jarry et fait le constat de l’incivilité collective du pays. Quel message souhaitez-vous adresser à nos compatriotes ?

Maxime Gauthier : L’association n’a pas pour but de culpabiliser. Peu importe ce que nous avons fait jusqu’à ce jour. Ce qui compte c’est ce que chacun fera aujourd’hui et demain. Encore une fois nos actions visent à sensibiliser, à provoquer des prises de conscience et des changements de comportement. Nous sommes fiers de véhiculer des notions de partage, de solidarité et d’entraide.

La rédaction : Être guadeloupéen, c’est aussi respecter son pays, en prendre soin ?  

Maxime Gauthier : Bien sûr, être guadeloupéen ou vivre en Guadeloupe est une grande chance. C’est une île magnifique et une population formidable. Nous devons honorer tout cela au quotidien et œuvrer pour que la Guadeloupe rayonne. Pour que nous ayons la chance de vivre dans un environnement sain et de qualité, à transmettre aux générations futures.

La rédaction : Quelles seront vos prochaines actions ?

Maxime Gauthier : Dans un premier temps, notre belle équipe va prendre un peu de repos car ces derniers temps nous avons focalisé toute notre énergie sur cette opération de Jarry !

La suite n’est pas encore programmée en termes de calendrier mais les projets ne manquent pas. Notamment la ville de Basse-Terre, une décharge à Bouillante, une autre à Petit-Bourg…

Il y a également la confection de 200 panneaux « La Guadeloupe est trop belle pour devenir une poubelle », que nous allons réaliser grâce à une petite équipe de bénévoles. Nous avons financé ce projet grâce à une cagnotte Leetchi. Ces panneaux seront apposés un peu partout sur notre île afin de rappeler sans cesse à chacun qu’il faut en prendre soin.

Enfin, nous avons déjà plusieurs rendez-vous programmés avec des acteurs du tri des déchets et des personnes souhaitant s’investir à nos côtés, dans l’objectif de diversifier nos activités. Nous ne sommes qu’au début, mais soyez certain que nous ne lâcherons rien ! « Le monde est un endroit magnifique pour lequel il vaut la peine de se battre » disait Ernest Hemingway. C’est un peu notre philosophie.

La rédaction : On vous sent très investi. Tout cela est très bon pour le pays.

Maxime Gauthier : La protection de l’environnement est un sujet primordial pour notre archipel. Car la Guadeloupe est belle et fragile et nous voulons la préserver. Elle est l’un des 25 « points chauds » (hot spots) mondiaux de biodiversité, présentant l’un des taux de diversité biologique les plus importants au monde. Tant par le nombre élevé d’espèces végétales ou animales, que par le taux d’endémisme.

Cette richesse est mondialement reconnue et protégée par divers dispositifs réglementaires, inventaires et labels : 23 % de la surface de la Guadeloupe est protégée !  Alors tous ensemble, unissons-nous, œuvrons pour la nature et partageons notre fierté du pays et des outre-mer ! Je cite Saint Exupéry pour appuyer mon propos. « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ».