Covid-19 : faut-il taxer les touristes qui viennent en Guadeloupe ?

Sébastien Mathouraparsad, Maître de conférence en économie à l’UA propose de taxer les touristes en cette crise sanitaire. Au motif qu’ils constituent les cas importés de covid. A creuser.

Et si les touristes qui choisissent la destination Guadeloupe s’acquittaient d’une taxe d’ici à la fin de la pandémie en cours. L’idée est avancée par l’économiste guadeloupéen Sébastien Mathouraparsad, chercheur au sein du CREDDI. Traduisez, le Centre de recherche en économie et droit du développement insulaire. Il fonde son analyse sur le fait qu’une conjonction d’évènements a attiré ces dernières semaines, 40.000 touristes en Guadeloupe. Et que cela laisse craindre une 3ème vague d’épidémie.

Dans une note publiée sur le site de l’ATOM, l’atelier d’analyse des économies d’outre-mer, sous le titre « activités touristiques et cas importés de covid » en Guadeloupe, le chercheur, soutient l’idée de cette taxe. Nous publions la synthèse de sa réflexion et vous invitons à prendre lecture du document complet via le lien figurant dans cet article.

Pour un tourisme solidaire

Sébastien Mathouraparsad part du postulat suivant. Cet « hiver », une vague de touristes a déferlé sur la Guadeloupe. Fuyant le territoire national où le bilan de l’épidémie faisait état au 5 janvier 2021 de 66 282 décès cumulés, les voyageurs sont arrivés dans un territoire certes moins contaminé. Mais dans lequel la seconde vague a été dix fois plus meurtrière que la première, avec 167 décès recensés au 3 janvier 2021. Contre seulement 13 début mai 2020, et ce justement en raison de cas importés durant l’été.

8776 cas confirmés depuis le début de l’épidémie, c’était le point épidémiologique au 5 janvier 2021 établi par l’agence régionale de santé qui a jugé la situation « stabilisée ». Mais derrière les murs décrépis de la vieille bâtisse du CHU, sous les stigmates encore visibles de l’incendie dévastateur de 2017, la plus grande vigilance est de mise.

Une offre de soins qui demeure dégradée

L’hôpital, qui croule sous les dettes sociales et fournisseurs, craint de ne pas pouvoir gérer un trop grand afflux de malades. Pour s’y parer, jusqu’à l’arrivée du vaccin, la direction avait dû procéder à des déprogrammations de soins au profit des malades du coronavirus. Et, avec un quart des habitants souffrant de comorbidités et un territoire constamment soumis à des coupures d’eau, l’île est assise sur une poudrière.

La situation délicate et les conditions de travail difficiles ont conduit à une hausse de burn-out parmi le personnel soignant. D’un point de vue économique, le PIB sera en forte baisse pour 2020. Aussi la levée des barrières aux déplacements locaux a été jugée très favorable par les professionnels du tourisme qui présageaient le risque d’extinction de plusieurs activités du secteur. Mais pour quelle contrepartie ? Si le tourisme avait déjà un impact négatif sur le plan environnemental en raison du déplacement de la population, il en a maintenant aussi un sur le plan sanitaire pour la même raison.

Au-delà du risque de la 3ème vague

Et il laisse planer le risque d’une troisième vague alors que l’on a enregistré un pic de touristes fin 2020, que des souches plus virulentes et plus contagieuses du virus ont été découvertes en Afrique du Sud, en Angleterre et au Brésil et que la progression de la vaccination est très poussive en France, mais aussi en Guadeloupe et dans les autres territoires d’outre-mer. D’aucuns observent que nous sommes entrés dans une nouvelle ère qui nous impose de composer avec la circulation des individus et des virus. Et si l’on envisageait un tourisme solidaire qui préserverait la santé publique locale ?

D’où cette idée d’introduire cette taxe « yon a lot », qui permettrait de subventionner les activités de santé, d’embaucher plus de personnel ou de revaloriser les salaires. Elle exercerait un effet positif sur le PIB. Mais, il faudrait veiller à ce qu’elle ne détériore pas la compétitivité du secteur touristique. L’idée à du sens.

« Activités touristiques et cas importés de covid, sé an lanmen ka lavé lot’ » une publication de Sébastien Mathouraparsad, Maître de conférence en économie à l’Université des Antilles (en Guadeloupe) et membre du CREDDI, le Centre de recherche en économie et droit du développement insulaire.