Covid-19 : La Guadeloupe à l’épreuve de la réalité mortifère

Le nombre de morts victimes du covid a encore atteint des niveaux records la semaine dernière. Parallèlement, les lignes bougent. A l’image de la position courageuse de l’UPLG.

Il faut croire qu’il aura fallu que la Guadeloupe soit ébranlée pour que le bon sens s’impose peu à peu. Le sens des responsabilités aussi. L’instinct de survie également. C’est que l’heure n’est plus aux postures idéologiques. Encore moins aux calculs politiques. La dure réalité des chiffres meurtriers du covid-19 nous rattrape, avec une violence rare.

Durant la semaine écoulée, entre le 16 et le 22 août courant, pas moins de 80 personnes sont décédées au CHU de Guadeloupe. Soit plus de deux fois plus que la semaine précédente. Et ce chiffre affolant n’englobe pas les patients décédés à leurs domiciles. En l’espace de 15 jours, le calcul est simple, près de 120 guadeloupéens et guadeloupéennes ont été victimes du coronavirus au centre hospitalier de Guadeloupe. Le pire c’est que le pic ne serait pas encore atteint. On n’ose imaginer la suite.

Ce lundi matin, 23 août 2021, à 6h, 23 patients étaient aux urgences covid. 15 d’entre eux attendaient un lit. Les urgences non-covid enregistraient la même affluence, avec autant de pression sur les équipes soignantes héroïques en ces circonstances. La quasi-totalité des lits de médecine covid des tours nord et sud, est occupée, 144 sur 149. La saturation est constante en réanimation covid et non-covid. Respectivement 46 lits sur 46 et 12 sur 12. Conséquence de cette situation extrêmement tendue en ce début de semaine encore, 10 évacuations sanitaires vers l’hexagone sont programmées ce jour. 7 au CHUG et 3 au CHBT.

L’UPLG ka soté a tè ?

Dans ce contexte, il faut se réjouir de la prise de position courageuse et surtout responsable de l’UPLG. L’organisation indépendantiste par la plume de son secrétaire général, Gaston Samut, s’est affranchie du jusqu’auboutisme idéologique. Elle lance un appel solennel au peuple guadeloupéen, en particulier à ceux qui peuvent présenter des complications en cas de contamination (porteurs de comorbidités, comme ils disent), à se faire vacciner. « Ne nous trompons pas de combat. Nous les invitons à se vacciner pour se donner toutes les chances. Pour éviter les complications. Nous savons que certains camarades sont opposés à la vaccination. Nous respectons leur choix et nous les invitons à faire tout ce qu’il y a à faire pour s’épargner toute contamination » écrit Gaston Samut.

Toutes ces prises de position sont la traduction d’une volonté réelle. Celle de sortir par le haut de la spirale du déchirement improductif et surtout suicidaire qui s’est emparée du débat public ces derniers temps

« La situation est trop grave, la contamination est massive, les personnes qui développent les formes graves sont à 90 % les non-vaccinées. Plusieurs camarades, qui ont déjà eu la COVID, s’en sont sortis et ont mesuré la gravité de l’infection. Plusieurs camarades ont, dès que cela a été possible, choisi de se faire vacciner. Certains ne sont pas contre mais hésitent. Ceux d’entre nous qui se font entendre le plus sur nos réseaux sont les antivaccins » a poursuivi le secrétaire général de l’UPLG. Et le leader nationaliste d’ajouter que « personne à ce jour ne peut nous dire quand nous sortirons de cette crise sanitaire. Vague après vague nous risquons de payer un prix de plus en plus fort. Avant de faire de cette crise sanitaire un combat contre l’état français, faisons-en un combat pour rester en vie pour continuer notre combat pour l’indépendance nationale ».

Le front antivax affaibli ?

Cette position tranche avec la ligne défendue par le LKP, l’UPLG et plusieurs autres organisations syndicales vent debout contre la vaccination et le pass sanitaire. De quoi lézarder ce front antivax ? Le nombre de manifestants qui répondront présents lors du prochain appel à la mobilisation du LKP constituera un indicateur précieux. Il ne fait aucun doute que les lignes bougent au sein de l’opinion publique guadeloupéenne. En témoigne la fréquentation en hausse du vaccinodrome de l’aéroport depuis plusieurs jours.

Des avocats appellent à l’apaisement

Par ailleurs, un collectif d’avocats guadeloupéens emmené par l’actuel bâtonnier Me Tania Bangou, et plusieurs de ses prédécesseurs a lancé un appel pour débat apaisé autour de la situation actuelle. Se gardant de prendre position pour ou contre la vaccination, les premiers signataires déplorent « une ligne de fracture entre les pros et les antis ». Dans cette déclaration l’on peut lire que « sous l’étendard de la liberté d’expression, les débats sont vifs et ils virent malheureusement au pugilat médiatique et numérique. Dans cette mécanique implacable, c’est la société qui se déchirent sous nos yeux médusés. Et pendant ce temps, le virus continue à semer la mort ».

Stop aux excès de toutes natures

Les signataires indiquent enfin ce que « le respect dû aux morts, le combat pour la préservation de la vie, le soutien aux soignants et l’aspiration à la responsabilité exigent mieux que le spectacle affligeant auquel nous assistons. Les excès constatées ces derniers jours nous interpellent et nous désolent tant par leur férocité que par la déraison qui les inspirent. Le débat public doit pouvoir s’affranchir de ces excès. Chacun doit pouvoir se maitriser et retrouver le chemin di respect, de la dignité et de la mesure. L’ennemi à abattre n’est pas notre contradicteur mais bien le covid-19 ». Fin de citation.

Toutes ces prises de position sont la traduction d’une volonté réelle. Celle de sortir par le haut de la spirale du déchirement improductif et surtout suicidaire qui s’est emparée du débat public ces derniers temps. Sans crier gare. Avec les conséquences que l’on mesure avec douleur chaque jour.