Crise des médias en Guadeloupe : Jean-Philippe Pascal précise les contours de sa mission pour la Région

L’ancien directeur régional de France Télévisions doit faire des propositions au président Chalus pour aider les médias locaux à faire face à la crise. Son rapport est très attendu.

L’ancien rédacteur en chef, grand reporter et directeur régional à France Télévisions vient d’être chargé d’une mission d’importance par le président de région. Faire un état des lieux de l’audiovisuel et de la presse en Guadeloupe. Et envisager les mesures à mettre en œuvre par la Région pour soutenir le secteur sinistré par la crise du covid-19. Jean-Philippe Pascal nous dit l’état d’esprit dans lequel il aborde cette mission et nous indique comment il compte procéder. Mais l’intéressé prévient. Le décideur final sera le président de région, qu’il faudra par conséquent convaincre.

La rédaction : En quoi consiste précisément votre mission et pourquoi l’avez-vous accepté ?

Jean-Philippe Pascal : Cette désignation en qualité d’expert fait suite à la remise mardi dernier du rapport du CESER sur la relance économique de la Guadeloupe. Un point d’étape commandé par le Président de Région et destiné à prendre des mesures fortes pour accompagner différents secteurs de notre économie en grande difficulté. Parmi ces secteurs en souffrance et qui se voit peut-être moins : celui des Médias – privés en particulier – et de la Presse écrite.

Il y a urgence à dégager des mesures d’accompagnement immédiates. Mais aussi à définir une vraie stratégie de développement pérenne, rentable et cohérente de ce secteur d’activité.

Les recettes publicitaires ne rentrent plus depuis bientôt trois mois et certains sont au bord de l’asphyxie financière. C’est une mission qui m’honore et qui m’oblige également. Elle consiste à évaluer de manière exhaustive les conséquences de la crise économique sur ces structures déjà fragiles, avant même l’arrivée de la crise sanitaire. Il y a donc urgence à dégager des mesures d’accompagnement immédiates. Mais aussi à définir une vraie stratégie de développement pérenne, rentable et cohérente de ce secteur d’activité.

La rédaction : Quelle sera votre méthode, comment comptez-vous procéder ?

J-P. Pascal : Je pense qu’il faut être factuel et pragmatique. Ma méthode consistera d’abord à rencontrer les principaux acteurs de l’audiovisuel en Guadeloupe.  Puis de faire un état des lieux précis de leur situation économique et sociale avant la crise. Ensuite, il s’agira de mesurer l’impact de cette dernière sur les entreprises concernées. Mais il y a aussi un élément fondamental qu’il ne faudra pas négliger. Le rôle d’utilité sociale que ces médias ont joué pour accompagner les Guadeloupéens dans la période de confinement. L’approche éditoriale sera donc un paramètre déterminant sur la place que ces médias occupent dans le paysage audiovisuel Guadeloupéen.

La rédaction : Vous venez du service public, vous y avez fait une brillante carrière. Là, il est question de soutenir prioritairement les médias du secteur privé. C’est une approche totalement différente, non ?

J-P. Pascal : Mon nom et mon parcours professionnel sont en effet étroitement liés à l’audiovisuel public. Et pour cause, j’ai fait toute ma carrière à RFO et France Télévisions. Un service public puissant à qui je dois beaucoup parce qu’il incarne tout simplement des valeurs que je partage. Cela étant dit, j’aborde cette mission avec une totale indépendance, sans à priori et en toute humilité.

Définir un nouveau modèle économique et revoir nos contenus pour être plus en phase avec les attentes de nos publics.


La rédaction : S’il fallait faire un état des lieux de l’audiovisuel en Guadeloupe et envisager ses grands défis pour l’avenir ?

J-P. Pascal : Je serai en quelque sorte le porte-parole et le donneur de sens à une inquiétude légitime des professionnels des médias privés en Guadeloupe. Mais cette réflexion partagée se fera sans tabou, en toute objectivité et avec la plus grande lucidité. Car il faudra dans le même temps accepter de se transformer, de s’adapter aux nouveaux modes de consommation. En clair, définir un nouveau modèle économique et revoir nos contenus pour être plus en phase avec les attentes de nos publics.

La rédaction : Comment garantir la liberté éditoriale des médias aidés par la Région ?

J-P. Pascal : Une Charte pourrait, dans la foulée, être élaborée afin de clarifier la nature de la relation des Collectivités locales avec la Presse. Une manière de rappeler les principes fondamentaux d’indépendance des journalistes vis à vis des politiques.

La rédaction : Ne faut-il pas une fois pour toute réserver la diffusion de la pub aux seules radios et tv du privé dans les outre-mer ?

J-P. Pascal : C’est une question qui revient régulièrement en période de crise économique. L’expérience montre en France hexagonale que lorsque le service public de l’audiovisuel était privé de recettes publicitaires, la manne financière perdue n’allait pas systématiquement dans le privé mais sur d’autres supports. A titre personnel, je plaide plutôt pour un déploiement progressif de la pub sur les supports numériques. Mais comme vous le savez, c’est une décision politique et c’est le législateur qui aura le dernier mot.

La rédaction : L’urgence commande d’agir vite pour soutenir les médias locaux. Quand remettrez-vous au président de région, vos premières recommandations?

J-P. Pascal : J’ai bien pris la mesure de la crise dans le secteur des médias et de l’urgence à prendre au plus vite des décisions appropriées. Mes recommandations seront remises au Président Ary CHALUS dans les toutes prochaines semaines pour des arbitrages. J’ai bien compris que pour certains, c’est une question de survie.

A propos de Jean-Philippe Pascal

Jean-Philippe Pascal intègre FR3 Guadeloupe en 1977 en qualité de rédacteur reporteur et rejoint RFO Réunion en 1988 où il devient en 1991, responsable d’édition. Il est nommé en juin 1994 rédacteur en chef adjoint de RFO Guadeloupe. Puis en novembre 1995 rédacteur en chef de RFO Nouvelle-Calédonie. En octobre 1997, il est de retour à RFO Guadeloupe en qualité de rédacteur en chef. Ensuite, il devient grand reporteur en juillet 2001. En décembre 2004, il est nommé directeur régional de RFO Guadeloupe, puis en août 2009, il est directeur régional de Martinique 1ère. Jean-Philippe Pascal a été ensuite, directeur régional de Polynésie 1ère en 2014. Et enfin, directeur régional de Nouvelle-Calédonie 1ère, son dernier poste au sein du service public. Il était pressenti pour succéder à Wallès Kotra, à la tête de la direction exécutive du Pôle Outre-Mer à France Télévisions.

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