Crise : Le secteur de la pêche en Guadeloupe en plein désarroi

Les marins-pêcheurs de l’archipel subissent eux aussi les effets de la crise du covid-19. Leurs pertes sont estimées à 40%. Au moins.

Charly Vincent, le président du comité régional des pêches de Guadeloupe est pessimiste. Le secteur a les pires difficultés à faire face aux conséquences de la crise du covid-19. Il répond à nos questions.

La rédaction : Quelle est la situation du secteur de la pêche en Guadeloupe alors que cette crise du covid-19 n’est pas derrière nous ?

Charly Vincent : La vente des produits reste assez difficile. Le secteur du tourisme étant au ralenti, nous nous retrouvons avec un marché saturé. La chute du prix des produits pélagiques (thon, dorade, etc..). Malgré nos nombreux efforts pour nous adapter à la situation, le marché local est à saturation. Et la reprise des activités n’a pas favorisé la consommation des produits de la mer. En réalité, il y a seulement quelques jours pour la vente (mercredi, vendredi, samedi).

La rédaction : Avez-vous estimé le volume de vos pertes de chiffre d’affaires ?

Charly Vincent : Le volume des pertes n’est pas précisément connu à ce stade. Il nous manque certains indicateurs et un peu de recul. Mais d’après les fiches pêches et la fréquence des sorties, nous sommes au moins à 40% de pertes.

La rédaction : Les mesures d’accompagnement et les aides annoncées n’ont eu aucun effet ?

Charly Vincent : Les aides ne correspondent pas à nos besoins et ne sont pas adaptées à la situation. Nous n’avons pas été entendu encore une fois. Nos demandes initiales étaient pourtant claires. Exonération de charges pour l’année 2020, aides à la relance de l’activité, pour les pertes enregistrées, développement des infrastructures. Nous avons déjà fait un bilan des travaux par ports et certains ne demandent même pas une semaine de travail. La gestion portuaire est une catastrophe. Nous avons des motifs pour faire grève chaque semaine.

La rédaction : Qu’attendez-vous concrètement des collectivités locales ?

Charly Vincent : Les collectivités peuvent nous accompagner sur une aide directe. Mais la structuration via des infrastructures nécessaires au maintien et au développement de notre activité s’impose. Par exemple une halle de gros équivalent à une criée pour gérer des volumes de 500 à 2000 tonnes/an). Pour faciliter aussi la mise en marché des différents produits de la mer. Le développement des infrastructures portuaires quasi inexistantes en Guadeloupe est aussi une nécessité. Avec tout ce qu’il nous faut pour fonctionner : eau, électricité, machine à glace opérationnelle, zone de halage…

La rédaction : La période des grandes vacances constitue généralement un pic d’activité pour vous. Qu’en sera-t-il cette année ?

Charly Vincent : Il y a une inconnue. Mais si nous pêchons comme l’année dernière, nous aurons de très grosses difficultés à écouler la marchandise. Ce qui nous exposera à de très lourdes pertes. En un mot, la catastrophe n’est pas loin pour toute notre activité.

La rédaction : Cette crise est venue amplifier les difficultés auxquelles vous étiez déjà confrontés. Que faire pour relancer l’activité ?

Charly Vincent : Que l’état et les collectivités nous écoutent et nous donnent les moyens réclamés.

Charly Vincent est depuis le 20 mars 2017, le président du comité régional des pêches des îles de  Guadeloupe