Crise sanitaire en Guadeloupe : Patrick Karam témoigne d’un cataclysme

La collectivité francilienne a livré les 13 lits de réanimation promis au CHU. Le vice-président de la région Île-de-France Patrick Karam décrit une situation insoutenable. Son témoignage.

Patrick Karam est arrivé en Guadeloupe avec le matériel des 13 lits de réanimation envoyés par Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France. Le vice-président de la collectivité francilienne a fait le point avec Ary Chalus, le président de région, Jean-Philippe Courtois, le vice-président du département, ainsi que les élus. Ensuite, il s’est rendu au vaccinaudrome.

« 20 mariages étaient organisés ce samedi. Ainsi que des baptêmes avec de nombreux invités. Il y a des fêtes. Les gens circulent. Les manifestations rassemblent des milliers de personnes, dont nombreux ne portent pas le masque« 

Là, l’élu régional guadeloupéen d’Île-de-France a pu échanger avec les pompiers et les renforts soignants venus de l’hexagone. Mais également avec les des pompes funèbres et le personnel de la morgue du CHU. En tout, plus de 2h30 de visite au centre hospitalier et de multiples réunions avec les différents personnels et responsables. Patrick Karam a pu ainsi mesurer l’ampleur de la catastrophe sanitaire que vit actuellement la Guadeloupe.

C’est pire que je ne le pensais

« La situation sanitaire est pire que ce que j’en ai pu lire. Et on n’en voit pas le bout : c’est désormais 1 guadeloupéen sur 40 (et pas 50) qui est contaminé. Les capacités en réanimation bien que multipliées sont surutilisées et le système hospitalier dans son ensemble est saturé. On doit mettre en médecine des malades qui devraient être en réanimation, et on renvoie à la médecine de ville des malades qui devraient être hospitalisés ».

Et Patrick Karam d’ajouter. « Le personnel de santé héroïque est à bout. Certains se sont effondrés devant moi. Les renforts eux-mêmes avouent leur épuisement. Quand je suis parti de l’hôpital, 30 malades covid attendaient aux urgences depuis des heures sur des brancards, une prise en charge impossible. On renvoie les malades chez eux et certains meurent étouffés car si la fourniture en oxygène est encore assurée aux hôpitaux, les malades à domicile n’ont pas tous cette chance ».

Tous ces corps entassés

La vision des corps entassés a bouleversé le vice-président de la région Île-de-France. « La morgue de l’hôpital est pleine et les morts sont mis désormais partout où c’est possible. Sur des brancards dans la grande salle où les parents étaient reçus. Dans des conteneurs réfrigérés ou encore entassés dans une installation apportées par les pompiers de l’hexagone. Les pompes funèbres elles-mêmes sont débordées. Elles achètent des conteneurs frigorifiques pour conserver les corps en attendant de pouvoir les enterrer ».

Patrick Karam rappelle que la réglementation prévoit un enterrement dans les 6 jours. « Aujourd’hui en moyenne, 15 à 20 jours sont nécessaires. Le crematorium est submergé, et bien que fonctionnant à plein régime, l’attente dépasse désormais deux semaines. Avant on comptait 10 à 15 décès/ jour en moyenne toute cause confondue, c’est actuellement 40 décès par jour depuis une semaine » a-t-il poursuivi.

Un confinement trop souple pour stopper l’hécatombe

Les professionnels de santé qui se sont entretenus avec Patrick Karam indiquent ne pas voir le pic de la pandémie. En cause, un confinement qu’ils ne jugent pas assez rigoureux. Le taux d’incidence donne le tournis et atteint des sommets inédits en France. Par semaine, plus de 2000 cas pour 100.000 habitants en Guadeloupe (près de 9 fois la prévalence nationale). Et plus d’un millier pour la Martinique.

« 20 mariages étaient organisés ce samedi. Ainsi que des baptêmes avec de nombreux invités. Il y a des fêtes. Les gens circulent. Les manifestations rassemblent des milliers de personnes, dont nombreux ne portent pas le masque. Sur les vaccins, même s’il y a une progression (au vaccinaudrome de l’aéroport on compte 650 à 700 vaccinés/ jour contre 300 avant). On part de trop loin pour changer la donne » a conclu Patrick Karam, le vice-président de la région Île-de-France.