Déboulés sauvages en Guadeloupe : la réaction dissuasive du préfet va-t-elle payer ?

Des poursuites sont annoncées à l’encontre des organisateurs et participants du déboulé sauvage de dimanche gras en Guadeloupe. Le préfet, dans son style, a répondu par la fermeté. Mais sera-ce suffisant ?

Il n’est guère utile de hausser le ton pour se faire entendre. A chaque préfet de région son style. Alexandre Rochatte, le représentant de l’Etat en Guadeloupe, a le sien. Et il peut s’avérer déroutant. Après le déboulé sauvage du dimanche gras entre les Abymes et Pointe-à-Pitre, où des centaines de carnavaliers ont pris des risques considérables bravant les interdictions, l’on attendait une déclaration choc de l’autorité préfectorale.

Cette réaction est intervenue sans tarder. Dans cette crise sanitaire, plus encore avec la présence du variant anglais du COVID-19 sur notre territoire, Alexandre Rochatte a rappelé que la responsabilité individuelle est essentielle. De même que l’interdiction et le danger que représentent les rassemblements en raison de la situation de la covid-19 sur notre territoire. C’est l’évidence même. Mais il faut croire que la tentation d’enfreindre les règles étaient a pris le pas sur la raison.

Des comportements irresponsables

C’est en cela que le préfet « déplore ces comportements irresponsables de la part des organisateurs et des participants qui y ont entraînés [dans ce déboulé sauvage] de jeunes enfants ». Et le représentant de l’Etat d’ajouter que « sans distanciation ni port du masque, ce défilé est susceptible d’augmenter le nombre de nouvelles contaminations. En effet, la circulation de la covid-19 est toujours active en Guadeloupe, la tendance est à une augmentation et la menace des nouveaux variants plus contagieux est à présent avérée ».

Les contrevenants s’exposent à des poursuites

Mais le préfet de région a surtout confirmé que des poursuites seront lancées à l’encontre des organisateurs et des participants. Des mesures de prévention renforcées seront également mises en place. Sur les médias locaux, Alexandre Rochatte a laissé entendre que des moyens de police seront déployés. Objectif, dissuader ceux et celles qui prendraient part à ces rassemblements. A défaut de pouvoir les interdire par la force. Ce qui à l’évidence serait une grave erreur et mettrait de l’huile sur le feu.

Prendre le risque de réprimer par la force un déboulé lancé avec des centaines de participants dont de nombreux enfants, relèverait de la pure folie dans le contexte actuel.

Le préfet appelle donc à la responsabilité de chacun afin de respecter les mesures de protection dans cette lutte contre l’épidémie de la covid-19. « Même si elles sont contraignantes. Elles visent à briser les chaînes de contamination et à éviter un nouveau rebond de l’épidémie » précise-t-il.

Un aveu d’impuissance déguisé ?

« Après une large concertation, les groupes se sont engagés en 2021 à faire carnaval autrement prenant en compte la sécurité de tous. Les déboulés ne doivent pas gâcher en quelques soirées les efforts de toute la population depuis plusieurs mois. Les autorités administratives et sanitaires appellent les organisateurs, formels et informels, d’activités carnavalesques à faire preuve de vigilance collective. Et à indiquer à leurs adhérents et sympathisants les enjeux vitaux pour la population compte tenu des risques encourus pour nos concitoyens les plus fragiles » a conclu le préfet de Guadeloupe.

Manifestement que ce soit en Guadeloupe ou en Martinique, les autorités préfectorales semblent dans l’impossibilité d’interdire toutes activités carnavalesques de rue. Sauf à vouloir allumer la mèche de l’explosion sociale qui menace l’île de plus en plus. Prendre le risque de réprimer par la force un déboulé lancé avec des centaines de participants dont de nombreux enfants, relèverait de la pure folie. Alexandre Rochatte et son homologue de l’île sœur, ne peuvent que parier sur le sens des responsabilités de tous. L’évolution de l’épidémie d’ici deux semaines mettra chacun devant les siennes.