Déconfinement : le point de vue tranché de JPF


Jean-Paul Fischer vient de commettre un édito sans concession dans les colonnes de son journal Le St-Martin’s WEEK. Extraits.

La gestion de la crise sanitaire du covid-19 montre ou démontre « le collapsus » de l’organisation publique et de la gouvernance politique. Après nous avoir promis l’enfer sanitaire, voilà le temps d’un purgatoire dont la durée sera fonction de notre comportement, de notre conduite. Bref, nous sommes à la maternelle. Le plan de déconfinement et les mesures appliquées en Outre-mer m’interpellent plus fortement.

L‘économie domienne, qui vit très largement du tourisme, est sacrifiée. Plus singulièrement les particuliers qui ont investi dans les locations saisonnières. Eux ne bénéficient d’aucune aide. Peut-être serait-il aussi nécessaire d’expliquer à la population domienne l’explosion des prix à la consommation, notamment dans le secteur alimentaire. La réponse se trouve dans les déclarations de la Ministre des Outre-mer, qui reconnaît que le coût du fret a triplé en deux mois. Pourtant, dans le même temps, Air-France, bénéficie d’une aide d’Etat de 7 milliards d’euros ! La même inflation existe sur le prix des billets.

Le tourisme sacrifié

Face à la crise, le gouvernement a choisi de sacrifier l’économie touristique, donc l’économie des territoires domiens. Certes, les quelques milliers de chômeurs supplémentaires sur nos territoires ne représentent qu’un faible pourcentage par rapport aux 17, 5 millions de salariés en chômage partiel en Métropole. Dans quelques semaines, le chômage partiel se transformera en chômage tout court, au rythme des faillites et des disparitions des petites entreprises et des commerces.

Pourra-t-on nous expliquer pourquoi la France est le pays d’Europe qui connaitra la plus forte récession économique. La dette publique doit se rembourser par l’impôt ou par l’inflation d’une manière ou d’une autre. Donc par de la perte de pouvoir d’achat. Cette crise générera des millions de nouveaux pauvres. Comment les gouvernants feront-ils pour répondre à l’urgence sociale ?

L’urgence d’un plan de relance

Dans ce triste débat où se mêlent le chômage, le gel, les masques, la deuxième vague du virus, la modélisation du nombre de décès, pas une proposition sur l’organisation et les modalités de la relance économique.  Evoquer la question de l’allongement de la durée du travail relève de la forfaiture, et pourtant, ce choix s’imposera à nous. A moins d’accepter une dégradation du tissu économique et social qui remettra en cause les fondements démocratiques du pays.

L’urgence d’un plan de relance dans ce contexte, s’impose, avec des échéances programmées et définies, particulièrement pour les territoires d’Outre-mer. La nécessité d’une réponse volontariste constitue une obligation pour répondre à l’inquiétude des socio-professionnels et des salariés.

Oser et assumer

La difficulté de la mise en œuvre, de l’élaboration d’un plan de relance, n’est pas liée à l’existence des ressources financières, mais à la capacité opérationnelle et à l’engagement du programme. Une gestion efficace, productive de la relance économique suppose la création d’une entité autonome, composée d’experts et de représentants de l’économie réelle. Elle aura pour mission, en concertation avec les entités publiques, d’assurer la mise en œuvre et le suivi du plan de relance. L’élaboration de ce plan commence ce jour, sa mise en œuvre, demain. L’injection de liquidités dans l’économie à travers des projets cible aura une répercussion immédiate sur l’activité productive et le chômage. Cela requiert aussi un aménagement des procédures, des circuits de décision et la transformation de l’économie administrative en économie de combat.

Le spectre d’une crise sociale majeure

Notre système technocratique est-il prêt à subir cette mutation ? Les territoires d’Outre-mer pourraient, compte tenu de leurs spécificités et les effets de la crise, servir de champ d’expérimentation. Après le déconfinement, sans mesures volontaristes et radicales, viendra le temps de la confusion et pour la population. Le temps du chômage et de l’appauvrissement du tissu social. Les dispositions actuelles qui marquent l’arrêt de l’économie domienne, sont les premières étapes d’une crise économique large et difficile pour nos compatriotes. Pour terminer, je citerai COLUCHE : « Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise. Depuis que je suis petit, c’est comme cela ! »

Jean-Paul FISCHER, éditorialiste du St Martin’s Week