Délais de paiement dans les outre-mer : le rapport nuancé de l’IEDOM

L’IEDOM publie son rapport annuel sur les délais de paiement dans les outre-mer. Ils sont en baisse mais toujours supérieurs l’hexagone.

Ce document de l’IEDOM porte sur les délais de paiement pratiqués par les entreprises et les organismes publics des outre-mer. Sont concernés également, les collectivités de l’ensemble des territoires ultramarins. Ce rapport complète celui de l’Observatoire des délais de paiement. Il fait ressortir deux évolutions majeures. D’abord une baisse des délais de paiement inter-entreprises, après trois années consécutives de hausse. Ces délais n’en demeurent pas moins supérieurs d’une vingtaine de jours à la moyenne nationale. « 62 jours de chiffre d’affaires contre 44 jours pour les délais clients. Et 73 jours d’achats contre 51 jours pour les délais fournisseurs » précise l’institut.

Plus d’un demi-milliard de trésorerie nette

« Les retards de paiement dans les départements et régions d’outre-mer handicapent toujours une part importante des entreprises ultramarines. En 2018, 42 % d’entre elles subissent un retard de paiement clients. Ces derniers ont un impact important sur la trésorerie des entreprises » indique encore l’IEDOM. Le rapport estime à 607 millions d’euros la trésorerie nette susceptible d’être mise à disposition de l’ensemble des entreprises ultramarines si aucun retard de paiement n’avait été constaté.

Pour les collectivités, difficile de s’y retrouver

« L’ensemble des départements d’outre-mer enregistrent un délai global de paiement de la commande publique inférieur au délai réglementaire. Elément surprenant, deux font mieux que le résultat national (Guadeloupe et Guyane). Trois départements améliorent leur résultat en 2019. Malgré une augmentation de son volume de dépenses de la commande publique de 2,1 %, la Martinique a réussi à réduire son délai de paiement de 0,5 jour. Il s’établit ainsi à 24 jours » peut-on lire dans ce rapport.

La Guyane a suivi cette tendance avec une diminution plus marquée de son délai de paiement de la commande publique (‑5,7 jours). Il atteint 12,5 jours soit son meilleur niveau sur les trois dernières années. La Réunion améliore son délai de paiement de la commande publique de 2,4 jours. Il s’établit à 19,6 jours. En dépit d’une augmentation de plus de 8 jours Mayotte affiche malgré tout un résultat inférieur au délai réglementaire de 30 jours. Trois départements atteignent un délai de paiement supérieur à la moyenne de la zone des DOM (Martinique, La Réunion, Mayotte).

A la lecture de cette partie du document, l’on pourrait croire à une amélioration certaine de la situation au niveau des collectivités. Reste que la réalité du terrain tranche cruellement avec cette impression de mieux.

« Concernant les taux de paiement en 30 jours et moins de la commande publique, excepté Mayotte, les départements d’outre-mer affichent, en 2019, des résultats en progrès. Corrélativement à leurs très bons délais, la Guadeloupe et la Guyane obtiennent des résultats supérieurs à 90 % » soulignent encore l’institut. A la lecture de cette partie du document, l’on pourrait croire à une amélioration certaine de la situation au niveau des collectivités. Reste que la réalité du terrain tranche cruellement avec cette impression de mieux.

Le secteur public d’Etat semble vouloir donner l’exemple

S’agissant maintenant du délai global de paiement du secteur public, les données de la DGFIP traduisent une situation très contrastée. Elle s’appuie sur l’analyse faite entre le secteur public d’Etat pour lequel ce délai s’établit à 19,5 jours, nettement inférieur au 30 jours réglementaire. Et le délai global de paiement du secteur public local et hospitalier.

Ce dernier ressort en effet à plus de 58 jours. Un niveau près de deux fois supérieur au plafond réglementaire comme à la moyenne nationale. Cette situation préoccupante pénalise là aussi, la trésorerie des entreprises. Plus particulièrement dans les secteurs de la construction (délais clients moyens de 114 jours). Et trouve son origine dans l’état dégradé de la trésorerie des départements, régions et des établissements publics locaux et hospitaliers d’outre-mer.

Le risque de l’effet domino

La crise sanitaire du Covid-19 induit un tarissement des flux de trésorerie entrants dans la grande majorité des entreprises. Dans une enquête menée à la fin du mois d’août par les agences de l’IEDOM auprès d’un échantillon d’un millier d’entreprises (les entreprises ultramarines face à la crise sanitaire), trois quarts des chefs d’entreprise interrogés ont déclaré avoir rencontré des difficultés de trésorerie au cours du deuxième trimestre.

Si 60 % d’entre eux ont fait appel à des aides publiques, 39 % ont tenté d’allonger les délais de paiement auprès de leurs fournisseurs et 35 % d’accélérer le recouvrement de leurs créances clients. Dans ce contexte, la maîtrise du crédit inter-entreprises est cruciale afin d’éviter que les difficultés de trésorerie d’une entreprise ne soient transférées, sciemment ou non, vers ses fournisseurs et aboutissent par effet domino à la défaillance de ces derniers.

(Source : IEDOM-Guadeloupe)