Démantèlement du GIP-RASPEG : le personnel dit stop à l’ARS

Dans une lettre ouverte le personnel du GIP-RASPEG apporte son total soutien à la directrice générale de la structure face à l’ARS. Il dénonce un acharnement insupportable.

Myriam Chollet, la directrice générale du GIP-RASPEG n’en demandait sans doute pas tant. Les représentants du personnel de la structure qu’elle dirige et qui est en plein bras de fer avec l’ARS prennent leurs responsabilités. Dans une lettre ouverte qui fait suite aux explications de la directrice générale de l’agence régionale de santé, ils réaffirment leur inquiétude. « Une inquiétude encore plus grande et fondée » écrivent-ils. Car derrière la réaction de l’ARS se cache bien selon eux, un objectif clair. Une transformation qui entrainera la disparition organisée du GIP-RASPEG. Un scénario dont ne veut pas entendre parler le personnel.

Le personnel veut des engagements écrits de l’ARS

Ce personnel du groupement des réseaux de santé, dont font partie 10 médecins, exige donc à nouveau une rencontre avec la DG de l’ARS. Il souhaite obtenir l’assurance écrite que le GIP-RASPEG portera le futur DAC de Guadeloupe. Traduisez, Dispositif d’Appui à la Coordination. Le tout avec l’accompagnement d’experts.

L’on apprend qu’un audit organisationnel est prévu pour la fin de ce mois de juin 2020. Il aurait pour but d’évaluer les capacités du GIP-RASPEG à s’organiser en DAC. « Un énième contrôle et comme chaque année, nous sommes prêts pour cet audit » lance le personnel. Lequel dénonce implicitement une opération de déstabilisation planifiée. « Pourquoi une telle précipitation ? Dans tous les contrôles réalisés au sein du GIP-RASPEG par l’ARS-Guadeloupe, aucune irrégularité n’a été relevée. Alors pourquoi un tel acharnement, un tel harcèlement ? » s’interrogent les représentants du personnel.

La loi impose de s’appuyer sur l’existant

Par ailleurs, il est rappelé dans cette lettre ouverte, un élément important. La loi du 10 juillet 2019 qui en l’espèce lève toute ambiguïté. Elle stipule que les Réseaux, doivent mutualiser leurs compétences en vue de la création d’un Dispositif d’Appui à la Coordination (DAC). Mais en tenant compte de l’existant. Au regard de cette loi et compte tenu de l’organisation actuelle du GIP-RASPEG, le personnel dit craindre pour son sort. « Nous nous interrogeons quant à notre devenir dans l’éventualité (déjà retenue par l’ARS) d’un audit défavorable. Et d’un appel à projet pour porter le DAC qui va être instruit par cette même ARS » écrivent les signataires.

Trop d’incohérences

« Pour l’instant, l’unique Plateforme Territoriale d’Appui est celle du GIP-RASPEG. Pourquoi remettre en cause ses compétences pour la mise en œuvre du DAC ? » demande encore les représentants du personnel. « Notre inquiétude est grandissante devant l’incohérence de la situation » ajoutent-ils. Ce même personnel indique assister depuis fin 2019 à la déstructuration et au démantèlement organisé du GIP-RASPEG avec la diminution de son budget par l’ARS. « Après 10 années d’expertise au cœur des différentes crises, c’est injuste de vouloir ainsi dégager le GIP-RASPEG. Nous devons réagir ». C’est ce que déclare au surplus le personnel à travers cette lettre ouverte.

Pour rappel, dans cette affaire, la directrice générale du GIP-RASPEG a le soutien de l’ensemble des parlementaires de Guadeloupe. Il en est de même des élus qui siègent au sein du conseil d’administration de la structure. Depuis le dimanche 7 juin, Myriam Chollet marche entre l’ARS et siège du groupement qu’elle dirige, pour en défendre l’avenir. Elle a prévu de réitérer ce dimanche 14 juin 2020. Une démarche à laquelle souscrit totalement le personnel en lui apportant son soutien.

Pour aller plus loin

La situation des réseaux de santé en Martinique

Une rapide comparaison avec la situation en Martinique permet d’appréhender davantage les enjeux de la problématique posée. Dans l’île sœur, il existe deux MAIA, méthodes d’intégration des services d’aides et de soins. En ce qui concerne es réseaux, la situation locale est inquiétante. L’ARS de Martinique a fait travailler pendant des mois sur une PTA qui n’a jamais vu le jour. Puis, décision a été prise de passer directement à l’étape DAC. Afin de « faciliter » l’intégration des équipes, la solution retenue – insidieusement ? – a consisté à fermer progressivement un certain nombre de réseaux.

Certains ont provisoirement échappé à cette fermeture, sauvés par le COVID. Ont été fermés progressivement en moins d’une année, le réseau périnatalité, réinstallé plus tard sur un mode minimaliste. Le réseau AVC « ERMANCIA »(qui avait absorbé auparavant le réseau diabète et le réseau obésité (REPPOM. Et enfin les réseau addiction et gérontologie au 31 décembre 2019.

Restent en place en Martinique, le réseau soins palliatifs (WOUSPEL). Le réseau autonomie qui a porté la PTA avortée, faute d’une organisation mutualisée comme le GIP-RASPEG en Guadeloupe. Actuellement, c’est ce même réseau qui se voit confier le DAC, sans bases solides. Et enfin, le réseau RESPI’AIR qui doit sa longévité à la fermeture du service de pneumologie du centre hospitalier du Carbet. Mais aussi à la fermeture de la moitié des lits de pneumologie du CHU de Martinique par manque de pneumologues. [ndlr]