Scandale de l’eau en Guadeloupe : rendez l’argent !

Une nouvelle plainte est dans les tuyaux pour faire la lumière sur le scandale de l’eau en Guadeloupe. Cette fois, ça risque de faire du bruit.

Après la plainte déposée en 2015, une deuxième action en justice sera intentée très prochainement. Dans l’entretien qu’il nous a accordé en début de semaine, Maître Harry Durimel nous l’annonçait. C’est désormais confirmé. Cette plainte avec constitution de partie civile sera déposée. L’avocat guadeloupéen, par ailleurs président de REV Guadeloupe portera le fer pour le premier cercle des plaignants. Toutes les associations de défense de consommateurs, d’usagers et de contribuables, sont invitées à s’associer à la démarche.  Le propos d’ensemble qui dicte cette action c’est qu’il ressort de cette affaire un triple scandale politique, judiciaire et démocratique. C’est ce que dénonce avec encore plus de vigueur Me Harry Durimel.

La Générale des Eaux s’en sort très bien… étrangement

L’avocat guadeloupéen a rendu public une analyse très approfondie de de dossier. « On ne peut se contenter d’accabler les élus sans s’interroger sur le rôle de la Générale des Eaux (Veolia) dans la situation actuelle. Sentant le vent tourner, elle a mis fin à la délégation de service public (DSP) dont elle a pendant longtemps été titulaire. Le tout sans mise en concurrence, par le jeu d’avenants en violation de la règle fondamentale de la commande publique. Il y a lieu également de s’interroger sur le silence coupable des élus et du représentant de l’Etat. Ils n’ont rien trouvé à redire quand ils ont lu, comme moi, dans le rapport d’expertise « Plan Eau DOM » d’Espelia les conditions dans lesquelles Veolia a quitté la Guadeloupe. Les protocoles transactionnels conclus sont très largement défavorables aux autorités organisatrices. A titre d’exemple, il a été acté que les collectivités renoncent à toute action de quelque nature que ce soit envers leur opérateur au terme du contrat. » explique-t-il.

Un véritable réquisitoire

D’où cette nouvelle offensive pour faire bouger les autorités judiciaires. Il s’agirait d’une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui, favoritisme et utilisation dispendieuse des deniers publics. A l’appui de cette démarche, le rapport du CGEDD, le conseil général de l’environnement et du développement durable daté de mai 2018. Une expertise commandée par l’Etat lui-même et qui a lui seul a valeur de réquisitoire. Ce rapport pointait du doigt, une situation de l’eau risquée et aux conséquences économiques graves en Guadeloupe. Il s’étonnait en outre de la résignation étonnante des guadeloupéens dans ce dossier.

« Il faut sans tarder rechercher par toutes les voies possibles les moyens de réduire les conséquences de la crise de l’eau en Guadeloupe pour la population. La majorité des difficultés ne provient pas de la ressource, mais d’un défaut d’entretien et de renouvellement du réseau, de défauts de conception, voire d’exploitation. La ressource est donc a priori largement suffisante. Ce sont les pertes d’eau, qui rendent la ressource insuffisante pour couvrir les besoins » pouvait-on lire dans ce document.

Des canalisations en amiante-ciment toujours en service

Ce rapport indique par ailleurs que « le réseau est constitué en partie de matériaux abandonnés depuis longtemps (fonte grise, amiante ciment, voire PVC collé). Ce constat traduit l’insuffisance du renouvellement. Ces matériaux sont à l’origine d’une grande partie des casses répétées sur certains secteurs ». Nous consommons donc toujours en Guadeloupe de l’eau transportée par des canalisations en amiante ciment non remplacées. Pourtant les guadeloupéens ont payé durant des années pour le renouvellement de ces tuyaux. Où est passé l’argent ? C’est ce que veulent savoir les plaignants, qui ciblent, entre autres, les multinationales de l’époque.

Nous consommons donc toujours en Guadeloupe de l’eau transportée par des canalisations en amiante ciment non remplacées

Pour mémoire, ce rapport du CGEDD faisait enfin ce constat édifiant en ces termes, il y a deux ans. « La station Belle-Eau Cadeau utilise des filtres à charbon actif pour éliminer le chlordécone présent dans certaines des sources captées. Les charbons usagés, qui ont adsorbé le chlordécone, sont stockés dans un bac béton ouvert à la pluie. Ce stockage présente des dangers avec possibilité de pollution des eaux de surface et côtières en cas de débordement ».

Retour programmé des multinationales ?

Me Harry Durimel et les plaignants fondent leur argumentaire sur tous ces rapports d’audit et d’expertise. Tout en gardant un œil sur les grandes manœuvres en cours sous la férule du préfet de région. « Ce qui se prépare est une privatisation en règle de l’eau à travers la structure unique » estiment-ils. Le recours aux multinationales – pourtant décriées – pour les travaux d’urgence du moment, semble leur donner raison.