Eau en Guadeloupe : L’urgence d’attendre encore un peu

Le relevé de décision de la CTAP acte la création d’un syndicat mixte ouvert avec prise d’effet le 1er septembre 2021. Cap-Excellence continue de trainer les pieds. Jusqu’à quand et surtout pourquoi ?

Le dossier de l’eau en Guadeloupe est l’incarnation même du temps long en politique. Les administrés qui subissent les coupures d’eau le savent. Et leur résilience risque encore d’être mise à l’épreuve. Réunis mercredi 25 novembre 2020, à l’hôtel de région à Basse-Terre, à l’invitation du président du conseil régional, les membres de la CTAP ont néanmoins acté des décisions fortes. C’est le timing qui peut interpeller et susciter quelques doutes chez les plus pessimistes.

Qu’à cela ne tienne, Région, Département et EPCI à l’exception de Cap-Excellence fixent enfin un cap solide. Ils se sont engagés à créer au 1er janvier, avec effet différé au 1 septembre 2021, un syndicat mixte ouvert. Ce SMO est appelé à exercer la compétence eau et assainissement à cette même date du 1er septembre 2021. Avec l’objectif notamment d’arriver à un prix unique et raisonnable de l’eau.

Comment accélérer lentement… mais surement ?

Le relevé de décision de cette CTAP précise en outre ce qui suite. « Les EPCI et les collectivités s’engagent à présenter à leur organe délibérant les statuts au plus tard le 10 décembre 2020. Ces statuts prévoient que seules les dettes bancaires seraient transférées au SMO. Le solde des dettes fournisseur et des créances client serait supporté par les EPCI. Ils prévoient également d’associer les représentants des usagers, des socioprofessionnels et des salariés, au sein d’une commission consultative, avec une représentation par bassin de population ».

Autre élément acté lors de cette conférence territoriale de l’action publique, la poursuite l’activité du SIAEAG. Puis son intégration-dissolution lors la prise de l’ensemble des compétences de gestion de l’eau et de l’assainissement par le SMO. Les signataires vont demander au préfet et au DRFIP « de remettre en place les activités de la Régie de recettes du SIAEAG lui permettant d’assurer la facturation et le recouvrement. Notamment au regard du plan prévisionnel de recettes présenté en séance par le SIAEAG, et de sa garantie par la région et le département ».

La dead-line du 1er septembre 2021

Il a aussi été convenu de mobiliser entre le 1er décembre 2020 et le 1er septembre 2021, une « task force ». Elle regroupera des expertises dans le domaine des finances et du recouvrement des recettes, des ressources humaines, de l’organisation et de l’exploitation mutualisée du réseau.

Ce groupe d’experts sera chargée « d’accompagner le SIAEAG et les autres opérateurs, sur la définition et la conduite des tâches permettant d’assurer d’une part, la poursuite et l’amélioration de l’exécution des services d’eau et d’assainissement. Et d’autre part, la préfiguration du syndicat unique de l’eau afin de garantir qu’il soit opérationnel au premier septembre 2021. Cette préfiguration devra respecter l’engagement des Elus de ne procéder à aucun licenciement, après avoir procédé à un plan de départ volontaire et de reclassement ».

Un 2ème plan d’actions de 170 millions d’euros

Les signataires du relevé de conclusions s’engagent enfin à « poursuivre le programme de recherche et de réparation de fuites, étendu à l’ensemble du territoire, qui sera porté par la Région et par les opérateurs qui le peuvent ». Mais surtout à « proposer dans les meilleurs délais un deuxième plan d’actions prioritaires pour l’eau et l’assainissement d’un montant de 170 millions dans le cadre du plan de relance de la Guadeloupe ». Faut-il y voir un simple effet d’annonce ? Qui va financer et sur quel délai s’étalera la mise en œuvre de ce 2ème plan d’actions prioritaires ? Les réponses à ces questions sont attendues.

Le bal des postures

Dans un communiqué, les présidents des EPCI (CARL, CANBT, CANGT, CAGSC) ne cachent pas leur satisfaction. Ils se réjouissent « que la dynamique de concertation qu’ils ont engagée se prolonge par une action commune et se félicitent de l’accompagnement de la Région et du Département ».

Ajoutant que « la voie tracée et les actions envisagées ne s’écartent pas des engagements pris lors de la réunion qui s’est tenue avec le Ministre des outre-mer le 6 novembre ».

Elles soulignent enfin « que leurs efforts conjugués en vue de faire primer l’intérêt supérieur de la GUADELOUPE et de favoriser la pleine prise en charge locale de la compétence eau et assainissement ont abouti à des décisions fondamentales ».

Jalton isolé ou en position force ?

Se pose plus que jamais la question du positionnement de Cap-Excellence sur ce dossier de l’eau. Son président Eric Jalton a boudé cette CTAP, au motif qu’il n’a pas reçu assez tôt le projet de statut de ce SMO. « Nous prendrons le temps nécessaire pour apprécier ce projet de statuts et nous ne manqueront pas de vous faire part conséquemment, de notre positionnement » a-t-il indiqué au président de région. Lequel est par ailleurs – faut-il le rappeler – son 1er vice-président à Capex.

Nos élus en tout cas se savent très attendus sur la résolution de cette problématique de l’eau en Guadeloupe. Le dernier baromètre politique Qualistat a confirmé que c’était la préoccupation première de nos compatriotes. Ce dossier, à mesure que les échéances régionales et départementales approchent, s’impose comme le principal enjeu des joutes à venir. Mais ce ne sont pas les intentions et les relevés de décisions qui dicteront les choix futurs de l’électorat guadeloupéen. Ce sont les actes, à commencer par avoir de l’eau dans les robinets.