Eau : Gustin en fait-il trop ?

Ce sentiment de toute puissance du préfet de région dans le dossier de l’eau, agace la classe politique locale. Mais certainement pas l’opinion guadeloupéenne. Lire mon éditorial*.

Il ne fait aucun doute que le préfet de région sait user de la com. En fin stratège, il sait qu’il agace. Gageons qu’il s’en amuse. Vous y ajoutez son arrogance connue, vécue comme du mépris par certains de ses interlocuteurs. C’est du Gustin dans le style et dans le texte. Dans le dossier de l’eau, il s’avère être le pur produit de l’inertie de nos élus et du laxisme de l’Etat durant tant d’années. Ce même Etat – qui n’est pas exempt non plus de tout reproche dans cette affaire – dont Philippe Gustin est aujourd’hui le représentant en Guadeloupe.

Au-delà de s’en offusquer qu’ont fait nos élus pour que les pouvoirs publics assument leurs parts de responsabilité ? Quelles procédures collectives, de type « class actions » afin d’obtenir une quelconque indemnisation financière, qui de l’Etat, qui des multinationales pointées du doigt ? Sauf erreurs, rien de bien sérieux n’a été fait en ce sens. Peut-être fallait-il que l’UGTG s’en charge.

Injuste sentiment d’inertie de nos élus ?

En attendant, les tours d’eau continuent en Guadeloupe. Le syndicat unique de gestion et de distribution de la ressource n’est toujours pas créé. Le SIAEAG est sous l’eau. Parallèlement, des foyers guadeloupéens par centaines, par milliers, subissent encore ces coupures révoltantes. Alors oui, le préfet Gustin accélère. Cela n’en fait pas pour autant l’unique acteur engagé dans la résolution de ce problème qui pourrit le quotidien de nos compatriotes. Ce serait faire insulte à nos collectivités qui contribuent largement au financement du plan d’actions prioritaires adopté en février 2018 en CTAP. 71 M€ d’investissements supportés par la Région (42%), le Département (28%), l’Etat (11%) et les EPCI (7%). Au total, 34 opérations réparties sur l’ensemble du territoire, réalisées en maîtrise d’ouvrage par le conseil régional et le conseil départemental.

Obligation de résultat

Des travaux d’urgence qui devaient mettre fin en deux ans aux tours d’eau et aux pénuries observées dans certains secteurs. En dépit des efforts réalisés, il faut admettre que nous sommes encore loin du compte. Beaucoup d’usagers peuvent en témoigner. Las des discours et des promesses, seul compte pour eux, le résultat : de l’eau dans leur robinet. L’évocation des plans d’actions successifs, loin de rassurer nos compatriotes, les irrite plus qu’autre chose. Dans un rapport, l’IRSTEA, premier opérateur de recherche français dans le domaine de l’eau, avait d’ailleurs ciblé l’essentiel. Sécuriser la production et réduire les pertes, en combinant plusieurs leviers. La recherche active des fuites et leur réparation, la gestion des pressions, le renouvellement des conduites et des branchements. A cela s’ajoutait la nécessité de prévoir la mise en place d’outils de diagnostic permanent des réseaux et de leur fonctionnement.

Actions et vérités

L’opération coup de poing énoncé par le préfet Gustin répond à cette nécessité. Sans que cela n’occulte ce qui est à l’œuvre dans le cadre du plan d’actions prioritaires. Sauf, qu’en l’espèce nous sommes sur du temps court, avec des résultats qui seront perceptibles à très brèves échéances. L’opinion ne saurait y être insensible. Que l’on soit pro Gustin ou pas. C’est que dans ce dossier le représentant de l’Etat rassure. Et ce ne sont pas les dernières prises de positions consécutives à la CTAP du 13 mai dernier qui nous contrediront. Tel un rituel immuable, les bonnes intentions font vite place aux postures et aux intentions cachées.

La confiance se mérite

Comment dès lors espérer la confiance des usagers, quand les acteurs eux-mêmes rivalisent de méfiance et de stratégies. Comment expliquer que des EPCI trainent encore les pieds pour adopter les délibérations concordantes relatives à la création du syndicat unique ? Comptent-ils attendre la date butoir du 30 juin 2020 pour honorer leurs engagements ? La CARL, la CANGT, le SIAEAG, la Région et le Département ont déjà fait le nécessaire. Reste les autres partenaires. Peut-on parler aussi des débiteurs du SIAEAG qui rechignent à payer leurs dettes de près de 20 M€ au total. Les forces en présence ont fait le calcul depuis bien longtemps. Les enjeux politiques de cette bataille de l’eau sont évidents.

Comment dès lors espérer la confiance des usagers, quand les acteurs eux-mêmes rivalisent de méfiance et de stratégies.

Jalton joue plus que jamais sa partition

En témoigne la réaction d’Eric Jalton, le président de Cap-Excellence dans la foulée de la dernière CTAP. Le maire des Abymes, affirme regretter « que le plan d’actions prioritaires qui devait mettre fin aux tours d’eau, n’ait pas pu être conduit à son terme par la région et le département ». Mais Eric Jalton va plus loin. Il considère que « la Région Guadeloupe devrait s’attacher à conduire les projets dont elle a la charge en maîtrise d’ouvrage avant toute demande d’habilitation au gouvernement pour gérer l’eau en lieu et place des EPCI ».

Devant l’incapacité de nos élus à s’entendre, pas étonnant que le préfet Philippe Gustin bénéficie de cette côte de confiance des guadeloupéens dans ce dossier. Personne ne peut nier qu’il a contribué activement à faire bouger les lignes. Quant au sentiment de toute puissance qui anime le représentant de l’Etat, il n’est que le reflet du poids réel de nos élus. Arrêtons de nous mentir, si Gustin déroule, c’est parce que la Guadeloupe le veut bien. Mais a-t-elle vraiment le choix. Au fait, vous avez de l’eau ?

Arrêtons de nous mentir, si Gustin déroule, c’est parce que la Guadeloupe le veut bien.

*En journalisme, un éditorial est un article qui reflète la position ou bien le point de vue de l’éditeur ou du rédacteur sur un thème d’actualité.