Economie : l’évènementiel toujours dans le dur en Guadeloupe

La filière évent s’est organisée en intersyndicale pour faire face à la crise. Des rendez-vous décisifs sont annoncés. Rencontre avec Cyril Coudoux, président de l’association GADE.

La rédaction : Jamais le secteur de l’évènementiel ne s’était organisé de la sorte en Guadeloupe. La crise du covid-19 fait beaucoup de dégâts, mais elle aura au moins permis cela ?

Cyril Coudoux : La cessation brutale des activités aura eu au moins cet effet positif. Il y a eu auparavant des organisations qui se sont montées et qui ont pu à leur niveau porter les ambitions du secteur. En ce qui concerne GADE, la crise aura permis à des acteurs de l’évènementiel qui collaboraient déjà ensemble de concrétiser leur vision pour notre secteur. Vous avez raison de rappeler aussi que c’est une crise sans précédent. Depuis le mois de mars nous ne pouvons plus travailler, et nous ne pouvons même pas envisager un retour à la normale avant mars 2021. Dans le meilleur des cas.

La rédaction : En quoi GADE se singularise-t-il par rapport aux autres organisations ? Vous revendiquez une certaine différence ?

Cyril Coudoux : Comme l’indique notre nom Groupe des Acteurs de l’évènementiel n’est pas seulement un syndicat. Nous avons une organisation transversale qui vise à transcender les différences, les divergences pour trouver nos dénominateurs communs et les maximiser. Ainsi nous avons 4 commissions qui visent à représenter, informer, former les professionnels et aussi à développer des actions groupées (groupement d’employeurs, centrale d’achat).

Si GADÉ émerge pendant la crise de la COVID-19, notre ambition c’est la structuration du secteur. La pérennisation de nos activités respectives et la fin de la paupérisation des acteurs dues à l’incertitude et à la désorganisation. L’union faisant la force, nous avons en outre signé le 7 août dernier avec Syndipros et la FMECG, les 2 autres organisations professionnelles du secteur, une charte formalisant la création de l’Intersyndicale des Acteurs de l’Évènementiel de Guadeloupe (IAEG).

Le but de trouver ensemble des réponses fermes et concertées face à nos problématiques communes. Nous sommes donc mobilisés et demeurons force de propositions, pour ensemble, sauver un secteur accélérateur de l’économie guadeloupéenne.

La rédaction : GADE compte combien d’adhérents, comment êtes-vous structurés ?

Cyril Coudoux : L’association GADE regroupe aujourd’hui une quarantaine de membres. Les commissions précitées regroupent des professionnels de tous types : société, entreprise individuelle, association, technicien et tous les types d’évènementiels culturels, sportifs, loisirs, festifs, marketing. L’expertise de ces professionnels nous permet de proposer aux collectivités des dispositifs qui sont les plus adaptés à la profession.

La rédaction : Où en est votre secteur aujourd’hui ? Quelles sont les conséquences chiffrées de cette crise sur votre activité ?

Cyril Coudoux : L’annonce du confinement, le 17 mars a mis un coup d’arrêt brutal à l’ensemble du secteur de l’évènementiel. Voici déjà 6 mois, que tout un pan de l’économie est à l’arrêt et suffoque. Pire, les quelques frémissements de reprise de l’activité pendant le mois de juillet ont été́ rapidement contraints, eu égard à l’actualité sanitaire et au regain de contamination à la COVID-19. L’avenir de nos métiers dans les mois qui viennent est plus qu’incertain.

Nous estimons aujourd’hui à quelques 92 millions d’euros de chiffre d’affaires perdu pour la période de mars à juillet 2020.

En ce sens nous avons remis aux autorités compétentes une étude chiffrée pour leur permettre de mieux appréhender notre secteur. Nous leur avons également fait tenir un état estimatif de nos pertes, que nous estimons aujourd’hui à quelques 92 millions d’euros de chiffre d’affaires perdu pour la période de mars à juillet 2020. Nous avons d’ailleurs mandaté dans le cadre de l’Intersyndicale un cabinet d’expertise afin de réaliser une étude pour chiffrer les pertes de notre secteur.

La rédaction : Les mesures mises en œuvre par l’État et au niveau local par la Région ont été sans effets pour vous ? Vous n’avez pas pu ou su en tirer profit ?

Cyril Coudoux : Depuis le mois de juin 2020, malgré les efforts consentis par le gouvernement nos entreprises sont asphyxiées, car les mesures ne correspondent pas aux réalités économiques de notre territoire. Nous avons eu une première rencontre le 30 juillet avec les services de l’État et proposé une démarche de concertation inédite autour d’un protocole sanitaire adapté pour accueillir en toute sécurité le public tout en protégeant notre personnel. Cette étape inédite démontre notre volonté de travailler. Ainsi que notre sens des responsabilités.

Plusieurs autres rencontres sont programmées, avec les services de l’État afin de poursuivre nos travaux particulièrement ce jeudi 13 août sur le volet économique. Le 18 Juin dernier, la Région Guadeloupe a manifesté la volonté d’accompagner la filière à hauteur de 500.000€. A ce jour, nous restons en attente des modalités de mise en œuvre de ce dispositif. Le Département s’est engagé en ce sens. Malheureusement, ces mesures quoique honorables ne correspondent à aucun besoin exprimé par notre profession pour sauvegarder les emplois concernés.

La rédaction : L’ennui c’est que cette affaire peut durer hélas. La reprise de la circulation du virus en Guadeloupe n’augure rien de bon. Comment sauver les meubles face à un tel risque ? Combien d’entre vous ont eu recours au PGE ?

Cyril Coudoux : Tout d’abord, notre secteur a cette particularité qu’il ne peut pas redémarrer du jour au lendemain. Il faut au minimum 3 mois pour mettre en place une manifestation sportive ou culturelle. Nous sommes en outre soumis à une forte saisonnalité. Les entreprises de notre secteur ne réalisent leur chiffre d’affaires qu’en dehors des périodes de Carnaval, de Carême, de Noël. Soit des mois d’avril à août, puis en octobre et en novembre, en tenant compte des aléas climatiques de la saison cyclonique. Nous n’avons aucune garanti que le public suivra. Cette incertitude vaut aussi pour les partenaires.

En toute objectivité, nous ne pensons pas pouvoir reprendre une activité « normale » avant le début du 2ème semestre 2021.

En toute objectivité, nous ne pensons pas pouvoir reprendre une activité « normale » avant le début du 2ème semestre 2021. On parle donc d’une année vierge ou au mieux sinistrée en termes de chiffre d’affaires. Il est donc peu évident dans ce contexte pour un chef d’entreprise de notre secteur de s’engager sur un prêt après un an de perte de CA, sans aucune garantie de pouvoir le rembourser.

La rédaction : Et que demandez-vous concrètement aux autorités, aux collectivités ?

Cyril Coudoux : Depuis le mois de juin, nous avons transmis des propositions très concrètes en particulier à la Collectivité Régionale. Les outils disponibles aujourd’hui, ne prennent pas en compte les spécificités du secteur et notre fragilité. Nous demandons dans le cadre de l’Intersyndicale (IAEG) la mise en oeuvre des dispositions suivantes. Un accès facilité au fonds d’urgence en prenant en compte les réalités de nos entreprises et la remise à plat des conditions d’éligibilité. Une aide au diagnostic comptable pour les entreprises demandeuses. Une aide à l’investissement pour le changement de destination des lieux pour améliorer la réception du public.

A cela nous ajoutons, un assouplissement des procédures d’obtention d’aides et un accompagnement. Une réadaptation des outils fiscaux et sociaux en vigueur. Un soutien aux grands évènements récurrents annulés. Une aide à l’amortissement du matériel acquis récemment. Un soutien pour les charges incompressibles pour ceux qui ne pourront pas recevoir de public eu égard aux contraintes sanitaires imposées.

S’agissant de l’annulation des loyers, nous proposons la création d’un crédit d’impôts et/ou une défiscalisation pour les propriétaires. Enfin, nous militons pour une réévaluation de l’aide mensuelle pour les TPE, les PME et les micro-entrepreneurs, considérant l’indice de la vie chère en Guadeloupe. De même que pour une aide à la formation professionnelle pour les employés, et la mise en place d’un budget dédié aux chefs d’entreprises souhaitant profiter de la baisse d’activité́ pour monter en compétences ou en qualification.

La rédaction : Faute de réponses suffisantes et immédiates, il faut envisager le pire pour nombre d’acteurs de l’évènementiel en Guadeloupe ?

Cyril Coudoux : Un de nos mandants nous confiait que cette crise est vraiment pire que celle du LKP. Après la grève en 2009, nous pouvions dire à nos salariés, à nos partenaires comment nous prévoyions de nous organiser, quand nous mettions la clé sous la porte ou comment nous allions nous relever. Là nous sommes dans l’expectative.

La rédaction : Depuis le début de cette crise, l’expression qui revient est qu’il faut se réinventer, dans tous les domaines d’activités. Votre secteur n’y échappera pas ?

Cyril Coudoux : Évidemment nous nous réinventerons. D’ailleurs crise ou pas, nos métiers sont d’abord des métiers d’innovation et de créativité. Nous savons nous adapter, proposer, imaginer. Mais c’est l’incertitude qui prime depuis le mois de mars et nous avons peu d’espoir d’un retour à la normale.