Guadeloupe : communautés d’agglomérations, mais jusqu’où iront-ils ?

Les élections au sein des communautés d’agglomération bousculent l’opinion. Après les bizarreries de Cap-Excellence, place à la CARL et à la CANBT ? 

Le plus difficile est sans doute d’être élu. Même simple conseiller communautaire. Plus besoin forcément de ravir un fauteuil de maire lors d’une élection municipale. On peut se refaire au 3ème tour et continuer à peser politiquement. Le législateur a – bien ? – fait les choses. On se croirait à l’école des fans. Tout le monde obtient finalement la note de 10. Ou tout le moins un sacré lot de consolation. Et la bienveillance est telle, que même avec la légitimité des urnes dans leur commune, des maires se font coiffer au poteau au sein des agglos. Combinaisons politiciennes oblige.  Combines, préféreront certains. Nos aînés se rappellent à nos bons souvenirs. Chacun avait son petit secret, sa petite touche personnelle pour la préparation de la soupe à congo. Nos élus ont manifestement hérité de ces talents culinaires.

Jalton roi du combo… intelligent

Depuis samedi, la communauté d’agglomération Cap Excellence inaugure une gouvernance pour le moins particulière. Nonobstant la réélection magistrale de son président sortant, Eric Jalton. Ce sont les conditions de cette réélection du maire des Abymes à la tête de Capex qui valident son poids politique désormais incontestable sur l’échiquier. Bien au-delà de sa ville et de la communauté d’agglomération des villes centre. On comprend mieux pourquoi tout a été tenté en amont pour lui ravir cette présidence.

Ce sont les conditions de cette réélection du maire des Abymes à la tête de Capex qui valident son poids politique désormais incontestable sur l’échiquier. Bien au-delà de sa ville et de la communauté d’agglomération des villes centre.

Mais toutes ces tentatives se sont avérées vaines, débouchant sur une candidature unique au poste de président. Chapeau l’artiste. Il faut dire qu’Eric Jalton a manœuvré en grand stratège. Se sachant sous la menace d’Ary Chalus et des conseillers de la majorité municipale de Baie-Mahault, il lui fallait blinder ses positions. C’est ce qu’il a fait en s’appuyant sur les voix de l’opposition baie-mahaultienne et celles de Jacques Bangou. Dès lors, il ne lui restait plus qu’à satisfaire tout un chacun pour s’assurer une totale adhésion. D’où sa réélection à la quasi-unanimité, moins deux abstentions.

L’intrigue Ary Chalus

Dans le casting des vice-présidents, le 1er d’entre eux n’est pas passé inaperçu. L’on peut s’interroger sur les dessous de ce deal qui a conduit le président de région à briguer et obtenir cette 1ère vice-présidence. Et encore plus sur la relégation du maire élu de Baie-Mahault, Hélène Polifonte, au 4ème rang de cet exécutif communautaire. Le risque politique pour Ary Chalus de donner l’impression de vouloir être omniscient est réel. Mais l’intéressé a visiblement décidé d’ériger toutes les digues possibles avant les prochaines échéances régionales. Plus encore maintenant que GUSR contrôle déjà les communautés d’agglo du sud Basse-Terre et du nord Grande-Terre.

Deux lectures peuvent expliquer ce choix du président de région. La première, jouer la carte de la sécurité si le vent venait à tourner, et pour les régionales à venir. Il s’assurerait ainsi un point de chute qui lui permettrait de garder une certaine influence. La deuxième, celle d’un deal en gestation avec Jalton. Ou le cas échéant, à ce stade, l’expression d’une volonté appuyée de rapprochement, toujours en vue des régionales. De son côté, Eric Jalton, en laissant filer cette 1ère vice-présidence de Capex à Ary Chalus, l’oblige en sa qualité de président de région. L’opinion ne comprendrait pas que l’exécutif régional s’oppose aux projets portés par Cap-Excellence ou qu’il ne leur apporte pas le soutien attendu.

Cherchez la logique communautaire

On peut donc être farouche opposant à l’échelon communale et participer à la même majorité de travail au plan communautaire. Et répondre présent, sans vergogne, à la distribution des vice-présidences avec les indemnités qui y sont attachées. Il parait qu’ainsi on peut être mieux garant de l’intérêt communautaire et défendre les dossiers de sa commune. Mais les incohérences sont à chercher dans les nuances. Ce qui a été vrai à Cap-Excellence ne l’a pas été à Grand Sud Caraïbes. Et ne le sera certainement pas à La Riviéra Du Levant.

Ne parlons même pas de la Communauté d’agglo du sud Basse-Terre. Il n’aura échappé à personne qu’André Atallah, pourtant fraichement élu maire de Basse-Terre, n’a obtenu aucune vice-présidence au sein de la CAGSC. Ce qui n’est pas le cas de Marie-Luce Penchard, qu’il a battu dans le chef-lieu, et qui peut lui rire au nez, comme VP. C’est que les accointances entre les historiques de GUSR et le clan Chevry résistent au poids des années. Fort de ses deux communautés d’agglo, Guadeloupe Unie Responsable et Solidaire bombe le torse. Jamais le parti n’avait été à pareille fête.

Attention à Cornet pour la CARL

Cette semaine donnera lieu à un grand final communautaire et certainement à d’autres rebondissements. A la CARL, Cédric Cornet le maire du Gosier pourrait dit-on créer la surprise. Un accord était apparemment en vue avec Christian Baptiste. Accord initialement pour 5 vice-présidences qui étaient censées revenir au Gosier. Mais qui semble remis en cause. Du coup, on évoque des discussions entre Cornet et Pancrel, le nouveau maire de Saint-François. Le dénouement de cette affaire, là aussi vaudra le détour et son poids de commentaires. Surtout lorsque l’on apprend de Bernard Pancrel aurait discuté parallèlement avec Christian Baptiste.

Adrien Baron sera-t-il vraiment soutenu par Claudine Bajazet pour la CANBT ?

Dans le nord Basse-Terre, Adrien Baron est en piste pour la présidence, sous la bannière du PS et apparentés. Il n’empêche que l’appui de Claudine Bajazet n’était pas clairement acquis. Pour GUSR, ce serait Losbar ou Louisy. Reste qu’une candidature dite de consensus prendrait forme. Celle d’Henri Yacou, candidat malheureux des dernières municipales à Sainte-Rose, pourtant arrivé 3ème de cette triangulaire. Aux dernières nouvelles cette option serait néanmoins très fragile. Ces dernières joutes à fleurets mouchetés livreront leurs verdicts, ce lundi pour la CANBT. Et mercredi 15 juillet, pour la CARL, La Riviéra du Levant. En attendant, et jusqu’aux derniers instants, ça continuera assurément à négocier. Pour régler les problèmes de distribution d’eau, on attend au moins le même volontarisme.

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