Guadeloupe : la bataille des communautés d’agglomérations est lancée

Alors que les maires issus du 2ème tour s’apprêtent à être investis, se dessinent d’autres enjeux majeurs. La conquête des intercommunalités.

C’est un fait établi qui s’impose au calendrier politique. L’élection au sein des structures intercommunales est le troisième des municipales. Les compétences dévolues aux communautés d’agglomération en font un lieu de pouvoir incontournable. La gestion de l’eau et de l’assainissement. Le développement économique. La collecte des déchets, la politique de la ville pour ne citer que celles-là. Autant de sujets qui mobilisent la population et qui déterminent la qualité de la vie des citoyens. La plupart des promesses faites durant la campagne ne peuvent être réalisées que si elles sont soutenues au sein de ces établissements publics.

Les fins stratèges entrent en piste

Aussi, chaque maire sait l’enjeu de la représentation intercommunale. Ce n’est pas seulement un enjeu de développement. C’est d’abord un enjeu hautement politique. Et les paradoxes ne manquent pas. Celui ou celle que le peuple a élu à l’échelon communal, peut ne pas être à son avantage au sein de l’interco. Il est tout à fait possible, à contrario, qu’un perdant des municipales fasse partie d’une coalition gagnante au sein de la structure intercommunale. En fait, le vrai gagnant est celui qui rafle la mise deux fois. Etre maire de Deshaies ou de Pointe-Noire pour être ignoré à la CANBT présente peu d’utilité. Sauf à avoir de la suite dans les idées.

Certains maires aguerris, élus au premier tour, se sont immédiatement projetés dans un deuxième tour intercommunal. Comment expliquer le soutien de Gabrielle Louis-Carabin à l’opposant d’Edouard Delta dans le Nord Grande-Terre. Et d’Eric Jalton à Jacques Bangou, pour Capex, toute amitié mise à part ? Il s’agissait, ici et là, de sécuriser une présidence en consolidant le calcul des voix. Evidemment la partie n’est pas finie. C’est maintenant que les tractations s’intensifient, en coulisse.

De la friture sur la ligne à Capex ?

Pour Cap-Excellence cela risque d’être tendu. Jalton ne semble pas du tout disposer à céder son fauteuil. Le maire des Abymes n’a que faire visiblement de cette histoire de présidence tournante, avec Baie-Mahault et Pointe-à-Pitre. Les Abymes ayant le plus grand nombre de conseillers communautaires. Il estime que c’est lui le patron et l’a déjà fait savoir. Le tour de présidence revenait pourtant à Hélène Polifonte, l’édile en chef baie-mahaultien. Quelques frictions sont à prévoir. Le futur maire de Pointe-à-Pitre, Harry Durimel et ses conseillers communautaires pointois seront à surveiller dans l’affaire.

A la Riviéra Du Levant, la gauche socialiste et progressiste a les cartes en main, avec le Gosier et Sainte-Anne. L’on prête des intentions à Cédric Cornet. Mais ce serait une grave erreur pour le tout fraichement élu maire du Gosier qui a encore des choses à apprendre. Une candidature de Christian Baptiste, 1er vice-président de sortant aurait davantage de sens et de poids surtout.

Une affaire de partis

Il ne fait aucun doute qu’à la faveur de ce 3ème tour, les partis, dans le cadre de leur stratégie globale, espèrent bien rebattre les cartes. A l’exemple du GUSR dans le Sud Basse-Terre. Avec Capesterre Belle-Eau, Gourbeyre, Trois-Rivières, Terre-de-Bas et quelques alliances efficaces le parti de Guy Losbar est en passe de faire la différence.

Pour l’exercice, point n’est besoin d’avoir la majorité partout, l’addition des oppositions communales peut voler au secours de la victoire.

Du côté des partis, les enjeux sont effectivement bien plus importants. Car comme toujours, en toile de fond d’une élection, il y a les échéances suivantes. La carte communale dessine immédiatement celle des élections départementales. Plus un parti peut s’appuyer sur des maires, plus il a de la chance d’avoir des conseillers départementaux. C’est la conséquence directe du découpage des communes-canton et de la proximité des scrutins. Il parait naturel que l’électorat qui a plébiscité une liste en mars ou en juin, vote pour ceux qui s’en réclament lorsqu’il est consulté moins d’un an après.

En point de mire, les régionales

Quant aux projections sur les élections régionales, elles sont encore plus évidentes.  Dans la configuration politique actuelle seuls les partis sont capables de porter un projet à l’échelle de la Guadeloupe. Question de cohérence, de moyens et de puissance de frappe. Dès lors, la maîtrise des communautés d’agglomération préfigure le positionnement des forces en lice pour les élections régionales.

L’année 2020 aura été l’occasion de déconfiner l’enjeu municipal. Mais aussi de réaffirmer que c’est à la faveur de la bataille pour les communes et les intercommunalités que se joue la lutte pour le pouvoir départemental et régional. On ne va pas s’ennuyer.

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