Guadeloupe : le tourisme terrassé par la crise du Covid-19

Une évaluation socio-économique de l’impact de la crise sanitaire sur le tourisme en Guadeloupe vient d’être réalisée. Elle confirme le désastre.

Cette étude confiée par la CCI-IG au cabinet DME vient confirmer l’ampleur de la catastrophe.  L’impact économique de la crise sanitaire sur les activités touristiques en Guadeloupe est encore plus grave qu’on pouvait le craindre. La baisse de chiffre d’affaires du secteur durant la période de confinement est ainsi estimée à pas loin de 200M€ et la perte de valeur ajoutée directe à près de 70 M€. Cet arrêt a impacté aussi l’ensemble de l’économie guadeloupéenne entrainant, chez les fournisseurs de la filière une perte de valeur ajoutée s’élevant à une cinquantaine de millions d’euros.

Il apparait que le secteur du tourisme est plus durement touché que les autres activités en Guadeloupe. La perte totale de richesse imputable au shut down atteint les 120 M€, soit encore 1,2% du PIB de l’archipel. Cette chute spectaculaire contribue, à elle seule, au quart du recul du PIB guadeloupéen durant la période de confinement. Rien que ça.

Plusieurs scénarios de sortie de crise

Passée la période de confinement, la reprise au cours de l’année 2020 peut épouser plusieurs profils, selon cette étude très documentée.  Dans l’hypothèse d’une trajectoire en U, l’activité redémarre immédiatement et retrouve très rapidement le niveau qui était le sien avec la crise sanitaire. C’est incontestablement la meilleure trajectoire de sortie de crise. Mais les faits la démentent. A oublier donc.  

En V, l’activité reprend mais plus ou moins lentement. Dans la plupart des secteurs, le retour à la normale est désormais prévu au début septembre. L’hypothèse d’une trajectoire en W serait le pire des scénarios. La reprise épouserait d’abord dans un profil en « V » à la suite du déconfinement mais rechuterait. En cause, le risque de défaillance des entreprises dans l’incapacité de supporter un retour trop lent à la normale. Et l’arrêt progressif des mesures de soutien dont elles bénéficiaient antérieurement.

Une reprise en « W » d’ici la fin de l’année

Le profil de croissance du tourisme, dans les Outre-mer en général et en Guadeloupe en particulier, pourrait, hélas, s’inscrire dans le pire des scénarios. Le risque d’une trajectoire en « W » s’explique par les lenteurs constatées dans la reprise du trafic aérien international (et pas seulement européen). A prendre en compte également, le caractère saisonnier de l’activité. En Guadeloupe, le confinement a amputé de 40% la haute saison 2019/20. Mais le déconfinement va s’opérer au début de la basse saison (du 15 avril au 15 décembre). Le prochain rétablissement des liaisons aériennes devrait permettre de capter à nouveau des touristes affinitaires et d’affaires (mais moins qu’en 2019). D’autre part, leurs dépenses moyennes en Guadeloupe sont deux fois plus faibles que celles des touristes d’agrément.

Un secteur lourdement touché en 2020

Le secteur du tourisme guadeloupéen va payer un lourd tribut à la pandémie. Il devrait perdre environ 60% de son chiffre d’affaires en 2020 (par rapport à celui de 2019). Soit plus de 500 M€ de recettes touristiques qui manqueront sévèrement aux entreprises locales cette année.

Environ 60% de chiffre d’affaires perdu en 2020 (par rapport à 2019). Soit plus de 500 M€ de recettes touristiques qui ne rentreront pas dans les caisses.

En 2019, le secteur créait, à lui seul, quelques 330 M€ de richesse pour la Guadeloupe (soit 3,3% du PIB). Cette année, la valeur ajoutée touristique directe devrait fondre de près de 60%. Le recul de l’activité touristique affectera l’ensemble de l’économie guadeloupéenne. La perte totale de valeur ajoutée (directe, indirecte et induite) est estimée ainsi à un peu plus de 450 M€ cette année.

Une crise avec des effets à long terme

Idéalement, la reprise à moyen terme pourrait s’inscrire dans un profil en « S » distinguant deux phases. Une phase de « résilience » au cours de laquelle la fréquentation, après la forte baisse de 2020, revient à son niveau de 2019. Puis, une phase de « comblement » au cours de laquelle la fréquentation croît de manière soutenue afin de combler les pertes enregistrées durant la phase de résilience. Ainsi, dans l’hypothèse très optimiste d’une croissance de la fréquentation à partir de 2021 identique à celle enregistrée au cours de la décennie 2007/2017 (soit 6,8% par an). Le comblement total des pertes induites par la crise sanitaire ne pourrait être assuré, au mieux, qu’à partir de … 2030.

Une croissance plus modérée de la fréquentation (4% par an à l’instar du tourisme mondial avant la crise du Covid-19) repousserait le comblement intégral des pertes à une dizaine d’année. C’’est-à-dire au cours de la saison 2035. Le second scénario est moins optimiste. Il suppose que la phase de résilience s’étalera sur deux ans (pour s’achever en 2023). Cette reprise plus lente de la fréquentation ne manquera pas de gonfler les pertes (qui s’élèveraient alors aux alentours de 750 M€ contre 500 M€ dans le scénario précédent). Par définition, ces scénarios sont hypothétiques. Mais, au-delà de leurs différences, tous convergent vers une même conclusion souligne le cabinet DME. Le tourisme guadeloupéen risque fort de porter durablement les stigmates de la crise sanitaire de 2020.

Il va falloir s’accrocher

En avril 2020, l’Association des CCI d’Outre-mer (ACCIOM) confiait au cabinet DME une évaluation de l’impact de la crise sanitaire sur les économies ultramarines. Cette étude estimait alors à 7,5% le recul du PIB de la Guadeloupe en 2020 dans l’hypothèse d’une reprise totale de l’activité au 1er juillet et à -11,5% en cas d’un redémarrage plus lent (au 1er septembre). Le secteur de l’hébergement et de la restauration figurait parmi les branches les plus sinistrées (avec un recul de 95% de l’activité durant la période de confinement. Cette étude confirme cette hypothèse en montrant que le secteur du tourisme dans son ensemble risque de pâtir plus encore que les autres de la crise du Covid-19. Sa capacité à rebondir est importante mais elle dépend largement des mesures de soutien dont il pourra bénéficier ainsi que de la réglementation sanitaire concernant le transport aérien et les conditions d’accueil des visiteurs.

(Source : cabinet de conseil DME)

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