La pauvreté touche un tiers de la population guadeloupéenne

Selon l’INSEE, 34 % de la population vit avec moins de 1010 euros par mois en Guadeloupe. Une triste réalité à ne pas occulter.

Cette étude que vient de publier l’INSEE Guadeloupe rappelle que tout ne va pas pour le mieux dans notre archipel. Loin de là. 134 800 Guadeloupéens, soit 34 % de la population, vivent en dessous du seuil de pauvreté national. Un seuil fixé à 1010 euros par mois et par unité de consommation. Ce seuil correspond à un revenu disponible de 2.121 euros par mois pour un couple avec deux enfants de moins de quatorze ans. À titre de comparaison, le taux de pauvreté en France métropolitaine est de 14 %. La moitié de la population vit avec moins de 1.310 euros par mois et UC. Ce niveau de vie médian est plus faible qu’en France métropolitaine (1700 €). Un tel niveau de pauvreté s’explique par une situation économique particulière.

Des causes structurelles

L’économie guadeloupéenne cumule des difficultés structurelles liées notamment à l’étroitesse de son marché et à l’isolement du territoire. Cette structure de marché favorise des situations monopolistiques ce qui peut avoir pour conséquence un défaut de compétitivité des entreprises locales. A cette spécificité s’ajoute un marché du travail sur lequel le niveau moyen de qualification est bas. A cause des inégalités d’accès à la formation (sociales ou géographiques) et des départs nombreux des jeunes vers la France métropolitaine. Pour suivre une formation dans le supérieur ou accéder à un emploi correspondant à leur diplôme.

Ce niveau de qualification produit une inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi sur le territoire. Un taux de chômage important (21%) et une part importante de la population qui se situe dans le halo du chômage (11%). Ou en situation de sous-emploi (10%). La proportion d’inactifs est également élevée comparativement à la France métropolitaine. Enfin, l’économie informelle, importante sur le territoire, entraîne une sous-déclaration importante des revenus des ménages.

L’absence d’emploi ou de diplôme accroit le risque d’être pauvre en Guadeloupe

L’absence d’emploi (chômage, inactivité) explique en premier lieu le taux de pauvreté élevé en Guadeloupe. Il s’élève à 83 % pour les individus vivant dans un ménage dont la personne de référence est au chômage ou sans emploi. Ces ménages représentent 20 % de la population guadeloupéenne. En revanche, le fait d’occuper un emploi ou d’être à la retraite limite le risque d’être pauvre. 23 % des individus vivant dans un ménage dont la personne de référence est en emploi sont pauvres. Plus le niveau de diplôme de la personne de référence du ménage est élevé, plus la pauvreté est faible. Ainsi, le taux de pauvreté s’élève à 48 % des individus vivant dans un ménage dont la personne de référence n’a pas de diplôme. Contre 16 % lorsqu’elle détient le baccalauréat ou un diplôme d’études supérieures.

Les familles monoparentales et les jeunes sont plus touchés par la pauvreté

Les familles monoparentales sont particulièrement touchées par la pauvreté. 49 % des individus de ces ménages vivent sous le seuil de pauvreté national. Ces familles cumulent les difficultés. Absence d’emploi (33 % d’entre elles) et absence de diplôme (38 %) pour la personne de référence. Bien que les allocations familiales soient versées en Guadeloupe dès la naissance du premier enfant sous conditions de ressources, le niveau de vie des familles monoparentales reste faible. Le taux de pauvreté des personnes seules est également élevé. Quatre sur dix sont concernées.

La moitié des personnes ayant les niveaux de vie les plus modestes ne disposent que de 26 % de la masse des niveaux de vie En revanche, les 20 % de personnes les plus aisées en perçoivent 47 %.

En Guadeloupe comme en France métropolitaine, la pauvreté diminue avec l’âge. Elle concerne particulièrement les individus vivant dans un ménage dont la personne de référence est âgée de moins de 30 ans. 45 % vivent sous le seuil de pauvreté national contre 27 % des plus de 65 ans. En effet, les jeunes sont davantage confrontés au chômage et les salaires en début de carrière sont souvent plus faibles. Les plus âgés bénéficient des retraites, pensions et minimum vieillesse.

De fortes inégalités de niveau de vie

Par ailleurs, les inégalités de niveau de vie sont marquées en Guadeloupe. Les 10 % de personnes ayant les niveaux de vie les plus modestes disposent de moins de 600 euros par mois. Les 10 % de personnes ayant les niveaux de vie les plus élevés vivent avec plus de 2940 euros par mois. Soit 5 fois plus que les ménages les plus modestes. En France métropolitaine, les inégalités sont moins fortes : le rapport est de 3.3.

La répartition des richesses est donc plus inégalitaire que celle de la France métropolitaine. La moitié des personnes ayant les niveaux de vie les plus modestes ne disposent que de 26 % de la masse des niveaux de vie. En revanche, les 20 % de personnes les plus aisées en perçoivent 47 %. Soit 6 fois plus que celle détenue par les 20 % les moins bien dotés. En France métropolitaine, ce rapport est de 4. Ces inégalités expliquent en partie le taux élevé d’individus avec un très faible niveau de vie en Guadeloupe.

Les prestations sociales représentent 60 % des revenus des plus modestes

Les prestations sociales occupent une plus large place dans le revenu disponible des ménages guadeloupéens par rapport à ceux vivant en France métropolitaine. Elles représentent 58 % du revenu disponible des 20 % des ménages les plus modestes. Une proportion largement supérieure à celle observée en France métropolitaine (31 %). Les prestations sociales soutiennent les revenus les plus faibles en permettant d’assurer à une personne ou à sa famille un revenu minimum afin d’échapper à l’extrême pauvreté. En général, ces prestations ne permettent pas d’atteindre le seuil de pauvreté national.

Chez les 20 % de ménages les plus modestes, le revenu de solidarité active (RSA) à un poids prépondérant. 27 % du revenu disponible. Viennent ensuite les prestations familiales (12 %). Puis les aides au logement (10 %) et l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) et l’allocation adulte handicapé (9 %). Signe d’une précarité accrue, entre 2011 et 2017, le montant mensuel du RSA et celui de l’ASPA ont progressé respectivement de 17 % et 13 % en moyenne annuelle.

Un sentiment de pauvreté plus accentué en Guadeloupe qu’en France métropolitaine

En Guadeloupe, 59 % des ménages avec un très faible niveau de vie déclarent arriver difficilement à boucler leurs fins de mois. À cette insuffisance des ressources s’ajoute pour 45 % de ces ménages une instabilité des revenus souvent issus d’un emploi informel de subsistance. Les ménages avec un très faible niveau de vie ont également le sentiment que leur niveau de vie est resté stable (41 % d’entre eux). Voire s’est détérioré (39 %) depuis cinq ans. Ces derniers sont également pessimistes sur leur situation à venir. Seulement 29 % d’entre eux estiment que leur niveau de vie pourrait s’améliorer d’ici cinq ans.

(Source : INSEE Guadeloupe)