Le lycée Boc-Calmet va-t-il fermer dans l’indifférence ?

La propriétaire de l’établissement privé situé à Pointe-à-Pitre met la clé sous la porte. Le personnel ne veut pas renoncer.

La rentrée scolaire n’est déjà pas simple. Elle parait encore plus traumatisante pour le personnel et la petite communauté scolaire du lycée Boc-Calmet. Après 66 ans de fonctionnement, marqués par des taux de réussite appréciables notamment en BTS, l’histoire semble se terminer. La liquidation de l’établissement s’est opérée de façon très brutale et a mis tout le monde KO debout. La propriétaire de l’immeuble et du lycée, Marie-Anne Boc-Calmet, âgée il est vrai de 90 ans, a décidé de jeter l’éponge. La crise du covid-19 a certainement précipité les choses.

Pour comprendre il faut remonter à juin dernier. Un mois durant lequel il a été procédé à la déclaration de cessation de paiement de l’entité. Quelques semaines plus tard, le tribunal ordonnait la liquidation de l’entreprise. Les difficultés économiques résultaient d’une baisse de fréquentation du lycée depuis plusieurs années.

Des pertes exponentielles

L’établissement pouvait accueillir 500 élèves en pleine capacité. Il n’en avait [que] 151 durant l’année scolaire 2019/2020. Cela s’est traduit par une baisse d’activité de 35% en 3 ans, avec un déficit d’exploitation de 135.000€ fin 2019. L’équilibre financier de la structure a été de plus en plus impacté. Celle-ci n’a pu régler ses charges et maîtriser son niveau de dettes que grâce aux apports en compte courant d’associée réalisée par Mme Boc-Calmet à hauteur de 286.000€ fin 2019.

De nouveaux apports de même nature ont été réalisés sur l’exercice 2020 par l’intéressée en raison de la crise sanitaire. Le covid-19 qui a contraint à la fermeture de l’établissement durant le confinement, conduisant la dirigeante et associée unique, à solliciter l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. La suite est connue. Marie-Anne Boc-Calmet n’avait plus la volonté de poursuivre l’activité. Ni d’injecter à nouveau de l’argent. Pas question pour elle non plus de favoriser une cession. Sauf pour qui serait en mesure de proposer à minima 286.000€ pour lui permettre de recouvrer son compte courant d’associée.

Le personnel veut encore y croire

Depuis, les représentants du personnel ont tout mis en œuvre pour tenter de sauver les meubles et permettre la continuité de l’enseignement dispensé par l’établissement. L’affaire est cependant beaucoup compliquée qu’il n’y parait.  Ce personnel affirme avoir rencontré à trois reprises le président de région. Lequel leur aurait proposé une prise en charge par la collectivité des frais de location de l’immeuble. La propriétaire de l’établissement avait en effet laissé entrevoir cette perspective.

Son avocat, Me Houda a fait savoir au personnel que cette éventuelle location par Mme Boc Calmet de son immeuble ne pourrait être possible que pour un an. Et surtout aux conditions suivantes. Un loyer mensuel de 7.000€ HT payé par la Région Guadeloupe. Des locaux pris en l’état, tous les travaux éventuels étant à la charge du preneur.

Mais aussi l’assurance que la région prendra en charge toutes demandes du fond de garantie des salaires (AGS) relative aux conséquences financières des licenciements économiques des 7 personnels. En d’autres termes, si les AGS demandent à Mme Boc Calmet de rembourser les indemnités de licenciement, elle souhaite que la région supporte cette obligation. Voilà les conditions requises pour envisager une hypothétique location de l’immeuble actuel. C’est loin d’être acquis.

Il fallait provoquer la liquidation ?

Par ailleurs, des discussions sont en cours avec les représentants de l’ancien immeuble de l’INSEE à Pointe-A-Pitre pour l’installation du futur lycée que le personnel enseignant envisageait. Le rectorat aurait indiqué à ce personnel favoriser la solution de la continuité. Sans doute pour calmer le jeu et éviter que cette liquidation ne fasse pas trop de vagues avant la rentrée.

L’on peut néanmoins s’interroger sur la stratégie mise en œuvre ou pas pour stopper l’hémorragie. Le nécessaire a-t-il été fait pour maintenir l’attractivité de l’établissement ? Les filières porteuses ont-elles été privilégiées ? N’a-t-on pas laissé les choses se dégrader pour créer les conditions d’une impasse ? Ces questions restent pour l’heure sans réponse.  

Une réunion d’information annoncée

En attendant, 7 personnels sont licenciés. Les procédures d’indemnisation auraient pour leur part été suspendues. Car il n’y a pas de ruine du fond selon l’administrateur judiciaire et depuis 3 mois désormais aucun salaire n’a été perçu. Une rencontre avec les élèves, leurs parents et les autres personnes concernées est prévue le mardi 1er septembre prochain à 14h à la salle Georges TARER à Pointe-A-Pitre. Affaire à suivre.

Show CommentsClose Comments