Législatives en Guadeloupe : la logique du billard aux multiples bandes

Rarement un scrutin législatif en Guadeloupe n’a donné lieu à autant de stratégies masquées. Parfois même contradictoires. L’électorat n’est pas dupe.

La Guadeloupe vivra-t-elle le week-end prochain, un séisme politique de plus grande ampleur encore que celui des résultats du second tour de la présidentielle ? Tous les regards seront évidemment tournés vers la 3ème circonscription où le candidat RN, Rody Tolassy, en ballotage favorable devant le sortant Max Mathiasin, croit en ses chances. Il faut dire que la bataille s’annonce serrée, avec une configuration totalement différente d’il y a 5 ans, où Mathiasin arrivé en deuxième position à l’issue du 1er tour, l’avait finalement emporté.

Depuis, sur fond de crise sanitaire, d’obligation vaccinale et d’inefficacité manifeste des politiques publiques pour régler les problèmes du quotidien, le RN a su séduire un électorat qui a désormais franchi de manière décomplexée le rubicon de l’influence du mémoriel sur les convictions politiques. De ce point de vue, l’issue du second tour, singulièrement dans cette 3ème circonscription constituera un puissant indicateur quant à l’évolution de l’opinion guadeloupéenne et les grilles de lecture qu’il conviendra désormais de lui appliquer.

Vers un coup de tonnerre dans la 3ème circonscription ?

Au-delà de la dynamique qui semble lui être favorable, c’est sur cette tendance lourde qu’espère surfer Rody Tolassy, le candidat du RN. De son côté, Max Mathiasin, peut-il vraiment compter sur un sursaut anti-RN ? Le député sortant en ballotage défavorable évite soigneusement, en fin tacticien politique, d’évoquer même à demi-mot, l’idée d’un front républicain. Il ne veut pas en entendre parler. Car il est bien conscient que cela ne ferait que doper la mobilisation autour de son adversaire.  

On aurait trop vite fait d’occulter que pour espérer être élu député, il faut une conjonction de facteurs. Un mix de notoriété, de popularité, d’ancrage électoral, de proximité, de soutiens – réels –, une bonne dynamique de campagne. Mais surtout l’équation personnelle qui est donc fondamentale. C’est ce qui profité sans nul doute à Elie Califer, qui a l’assurance de l’emporter dans la 4ème circonscription, avec le retrait avec fracas de Marie-Luce Penchard.

Il est loin le temps où cette circonscription, taillée sur mesure à l’époque pour la droite départementaliste, était sa chasse gardée. Pour autant, cette 4ème circonscription n’est pas un bastion de la gauche et du GUSR car même a l’époque de Victorin Lurel la lutte a toujours été âpre pour les candidats dits de gauche. L’ancien député socialiste l’avait d’ailleurs emporté lors de son premier mandat à l’Assemblée nationale, grâce aux voix des îles du nord, face à Albert Dorville.

Le scrutin de trop pour Marie-Luce Penchard ?

Quant au score obtenu par Marie-Luce Penchard au 1er tour de ces législatives, il est le fruit de son impopularité relative en dépit de sa notoriété. Il lui a beaucoup été reproché le fait d’être candidate de la circonscription alors qu’elle habite Saint-François. Argument sans guère de fondement, mais qui a semble-t-il pesé. L’ancienne ministre des Outre-mer a payé aussi le prix d’une certaine distance avec le peuple – malgré des efforts remarqués – à l’inverse de sa mère LMC qui n’avait aucun mal à se mettre au niveau du peuple, frapper les dominos, parler gras, en plus d’avoir été une vraie bête politique.

Croire qu’il suffisait d’être soutenue par Chalus, Losbar et par le GUSR pour être élue était une erreur. A cela se sont ajoutés plusieurs autres points faibles dont une forte absence sur les réseaux sociaux, des visuels pas franchement top et un manque d’animation de sa campagne. Guadeloupe Unie revendique pour sa part une certaine loyauté après avoir demandé à la jeune Jennifer Linon, encartée au GUSR, de retirer sa candidature au profit de MLP.

Profonde remise en question à venir à GUSR ?

La même analyse à quelques nuances près pourrait valoir pour la 3ème circonscription au regard du score obtenu par le candidat malheureux Ferdy Louisy soutenu lui aussi par GUSR. Son score à Baie-Mahault, fief d’Ary Chalus, n’est pas synonyme d’une perte de vitesse de l’ancien maire. Mais davantage à un électorat peu enclin à écouter les ténors dès lors qu’ils ne sont pas directement en course dans une élection.  La cooptation politique a vécu en Guadeloupe.

Rappelons enfin qu’avant les législatives il n’y avait en Guadeloupe qu’un seul député encarté au GUSR, en l’occurrence Olivier Serva. Ce dernier initialement soutenu par ce parti – dont la suppléante est une adjointe du maire de Morne-à-l’Eau, Jean Bardail membre fondateur de GUSR -, l’est désormais par la NUPES, au même titre que Christian Baptiste et Elie Califer.

En cas de victoire de Justine Bénin, le parti de Guy Losbar le GUSR pourrait donc faire aussi bien avec le ticket BENIN/PANCREL. Le risque pour le maire de Saint-François, à peine élu à la tête de la commune, étant de devoir céder sa place pour cause de cumul de mandat. Cela suppose bien évidemment que l’actuelle majorité présidentielle sortante, au coude à coude avec la NUPES, obtienne la majorité à l’Assemblée nationale. Verdict dimanche au sortir des urnes !