Les métiers de l’évènementiel et de la communication font bloc en Guadeloupe

La fédération des métiers de l’évènementiel et de la communication vient de voir le jour dans notre archipel.  Le secteur est en crise.

Sa création est toute récente. La fédération des métiers de l’évènementiel et de la communication de Guadeloupe est née de la crise du covid-19. Le secteur, victime du coup de frein de l’activité économique, devait s’organiser. Entretien avec Elaine Poirier, la présidente de la FMECG.


La rédaction : Vous êtes à l’initiative de la mise en place en Guadeloupe de la filière évènementielle et communication. En quoi était-ce nécessaire ?


Elaine Poirier : Dans ce contexte si particulier de crise sanitaire qui frappe le monde entier, les conséquences se font déjà ressentir. Une crise économique d’une rare violence pointe déjà son nez. Elle s’annonce effroyable et risque d’anéantir des milliers d’entreprises et d’emplois. La Guadeloupe hélas n’est pas épargnée. Il était nécessaire d’organiser notre filière afin de faire face à la brutalité de la situation qui s’impose à nous.

En effet, il était grand temps que le secteur de l’événementiel et de la communication se structure. Comme toutes les filières professionnelles, la nôtre n’échappe pas à la règle. Nous en avons fait le constat lorsqu’il a été question de mettre en place des mesures d’urgences. Tous les secteurs, notamment de la pêche, de l’agriculture comme bien d’autres ont été en mesure de faire un état des lieux rapide de leur situation afin que les bonnes décisions soient prises.

L’une des grosses faiblesses de notre secteur, pourtant considéré comme le plus sinistré fut, l’analyse de l’impact sur notre territoire. La fédération des métiers de l’événementiel et de la communication de Guadeloupe est créée à cette fin. C’est le fruit de l’engagement de nombreux acteurs de la filière désireux de parler d’une même voix.

La rédaction : Le secteur subit de plein fouet la crise liée au covid-19. Il s’agit pour vous de faire bloc auprès des pouvoirs publics et des collectivités ?

Elaine Poirier : L’important pour nous est de construire un tandem avec les pouvoirs publics. Nous sommes des acteurs économiques à part entière. Nos initiatives doivent être coordonnées, correctement dimensionnées et surtout adaptées à nos spécificités. Il faut que des réponses appropriées soient portées à nos problématiques.

Bien que la crise impacte tous les corps de métiers, les mesures nationales ne sont pas toutes suffisantes et adaptées à nos particularismes. Il est donc impérieux de produire des éléments permettant d’envisager les solutions les plus efficaces pour la survie de tout un pan de l’économie guadeloupéenne. Nous fondons notre action sur la base d’une confiance partagée avec nos institutions.

La rédaction : L’activation de la Prime Relance+ qu’en est-il ?

Elaine Poirier : La prime relance + répond à 3 enjeux majeurs pour notre secteur. C’est en outre pour nous un instrument de relance globale. Cette prime vise trois objectifs. Relancer l’activité événementielle et communication en Guadeloupe. Renforcer le positionnement de ce secteur de l’évents comme levier de développement économique. Rassurer le consommateur, lui redonner envie de reprendre ses activités, dans le strict respect des mesures barrières. 

La PR+ est un dispositif de relance par la commande privée, basé sur un contrat de confiance entre les institutions et les acteurs économiques. Nous sommes en discussion avec les services de la Région Guadeloupe.  Une lettre ouverte a été adressée aux ministères.  Enfin, nous sommes en attente de réunions afin d’approfondir la mécanique et les sources de financement de cette mesure aux bénéfices pluriels.

La rédaction : Aujourd’hui, à combien estimez-vous les pertes de votre secteur d’activité ?

Elaine Poirier : Notre secteur est dépendant de la situation sanitaire, de la confiance du consommateur, des aléas climatiques. Mais pas seulement.  Il dépend aussi des budgets de communication ou de sponsoring des acteurs privés et publics. Or ces budgets, contexte oblige, subissent depuis le début de la crise un sérieux coups de rabot.

Le secteur a déjà perdu uniquement pour des événements annulés entre mars et août plus 20 millions d’euros en Guadeloupe.

Ce que nous pouvons raisonnablement dire c’est que depuis le début du confinement le secteur a déjà perdu uniquement pour des événements annulés entre mars et août plus 20 millions d’euros en Guadeloupe. Autant dire qu’il s’agit pour notre territoire d’une véritable catastrophe économique et un danger véritable pour le maintien des emplois.

La rédaction : Qui compose le bureau de votre fédération ?

Elaine Poirier : Nous en présenterons nominativement les membres à l’occasion de la conférence de presse que nous organiserons le 18 Juin. Je peux toutefois vous indiquer que notre bureau se compose de producteurs de spectacles, de traiteurs, d’agences de l’événementiel et de la Communication. Vous y ajoutez des professionnels de l’ingénierie de projet, loueurs de salles, et autres organisateurs d’événements et vous avez le casting de notre bureau.

La rédaction : Quelles sont vos demandes urgentes pour sauver l’essentiel et espérer la reprise ?

Elaine Poirier : Nous avons adressé le 27 Mai une lettre ouverte présentant un programme en 2 phases. Une phase de transition, avec la présentation de plusieurs mesures de soutien comme la prolongation du fonds d’aides pour le secteur et ce jusqu’à la fin d’année 2020. La communication du gouvernement du 11 juin semble aller en ce sens, même si les conditions d’éligibilité demeurent inconnues.

Nous voulons participer à la relance de la machine économique et nous avons besoin d’un dialogue de proximité, avec les partenaires bancaires. Il nous faut de la souplesse. Cela passe notamment par le report des échéances de prêts. Au moins jusqu’à une période identique aux mesures de soutien, sans agio et frais. De même, chaque donneur d’ordre doit intégrer que chaque euro injecté dans nos structures contribue au maintien des emplois.

Par ailleurs, nous appelons de nos vœux que les décideurs y pensent à l’occasion de la préparation des fêtes de fin d’année. C’est la 2ème plus grosse période d’activité de notre secteur. La préférence locale est une impérieuse nécessité.

La rédaction : Au-delà de l’urgence, l’ambition c’est vraiment de structurer la filière. Mais comment ?

Elaine Poirier : Nous avons élaboré une stratégie en plusieurs phases que nous dévoilerons à l’occasion de la conférence de presse prévue le jeudi 18 juin. Notre Conseil d’Administration y travaille depuis plusieurs semaines. Nous avons un programme de rendez-vous d’experts avec des actions mutualisées. La FMECG doit être non seulement un outil du maintien des activités mais aussi un véritable partenaire de la performance de nos entreprises. De même qu’un puissant relais de la co-construction avec les institutions. Et enfin, un catalyseur de développement de l’attractivité du territoire.

Elaine POIRIER est la présidente de la FMECG (Fédération des Métiers de l’Évènementiel et de la Communication de Guadeloupe