L’IEDOM décrypte le modèle des banques aux Antilles

L’institut d’émission des DOM s’est livré à une analyse documentée du système bancaire antillais. Il navigue entre adaptation et restructuration.

L’institut rappelle en préambule que les établissements bancaires antillais évoluent dans le même cadre juridique que ceux de l’Hexagone. Ils relèvent des mêmes statuts et sont régis par les mêmes textes. Plusieurs banques antillaises constituent d’ailleurs des succursales rattachées à une maison-mère située dans l’Hexagone. Quand d’autres sont en revanche des banques filiales dites de « plein exercice ».

Ces différents acteurs sont soumis à des problématiques spécifiques, tenant notamment aux particularités du marché local. Ce dernier, relativement étroit et mature, est en effet paradoxal de par son caractère à la fois concentré avec un poids prépondérant d’une poignée d’acteurs. Mais également « éclaté », note l’IEDOM, avec une multitude d’établissements de taille réduite intervenant sur des marchés spécifiques.

Davantage de clients dits fragiles

La clientèle ultramarine se distingue en outre par une proportion plus importante de clients dits fragiles, eu égard au taux de chômage ou à la part de foyers bénéficiaires de minima sociaux. En conséquence, 77 % des foyers guadeloupéens ne sont pas imposables, contre 56 % des foyers nationaux.

De même, le revenu de solidarité active (RSA) est versé à 24 % des foyers guadeloupéens, contre moins de 6 % des foyers nationaux. Seuls 17 % des foyers fiscaux guadeloupéens et 19 % des foyers fiscaux martiniquais bénéficient d’un revenu annuel supérieur à 30.000 euros. Soit 10 à 12 points de moins qu’au niveau national.

Fragilité aussi des TPE

Par ailleurs, s’agissant du tissu économique antillais, il se distingue de celui de l’Hexagone par une surreprésentation des entreprises de très petite taille. Ainsi, la proportion des entreprises de 0 salarié y est supérieure de 6 à 9 points par rapport à ce qui est observé au niveau national. Or, ces entreprises s’avèrent particulièrement fragiles financièrement.

Elles souffrent souvent d’une insuffisance de fonds propres, d’une trésorerie limitée et d’une structure globalement fragile. L’environnement économique relativement atone des dernières années, fait écho à cette fragilité observée.

Gérer la profitabilité dans un contexte très concurrentiel

Autre particularisme du marché antillais, la population est vieillissante, et s’avère plus attachée à ses agences bancaires que dans l’Hexagone. Toutes ces spécificités favorisent l’existence de coûts proportionnellement plus lourds qu’au niveau national (poids du risque de crédit, poids des frais de personnel…).

Des coûts qui pèsent sur la profitabilité des banques. En parallèle, l’ensemble de ces établissements évolue dans un environnement de plus en plus contraignant. « La politique monétaire accommodante et son environnement de taux d’intérêt historiquement bas s’inscrit dans la durée. Et provoque une compression de la marge d’intermédiation sur les prêts à la clientèle » peut-on lire encore.

Des stratégies qui se croisent

De plus, les mesures en faveur de la population dite fragile financièrement visant à un plafonnement d’un certain nombre de frais bancaires limitent mécaniquement la progression des commissions bancaires. Au même titre que la concurrence nouvelle des banques en lignes dont le modèle se fonde sur des coûts faibles et une offre de prestations « sans frais ».

Dans ce contexte, les banques locales ont dû s’adapter et faire évoluer leurs stratégies. A la fois en termes de coûts et de revenus. Elles ont revu leurs structures de coûts. Soit en s’engageant dans des processus de rapprochement (avec leur maison-mère ou avec d’autres filiales). Soit en réorganisant leurs réseaux de proximité (agences, effectifs, etc.).

Elles se sont également attachées à développer leurs activités et leurs revenus, grâce à la digitalisation des services, le libre-service bancaire et la proactivité des collaborateurs. Mais aussi via une diversification de l’offre et la recherche de nouveaux relais de croissance (assurance, télésurveillance).

De moins en moins d’agences

Pour beaucoup de banques, la réduction des coûts passe par une rationalisation du réseau d’agences. Certaines d’entre elles procèdent à des fermetures, ou du moins à des regroupements d’agences dans les cas où le volume d’activité y est jugé insuffisant pour assurer un niveau de rentabilité satisfaisant. Ainsi, le nombre d’agences bancaires a reculé de façon notable au cours des dernières années.

Entre 2014 et 2019, il est passé de 147 à 136 en Martinique (11 de moins), et de 179 à 165 en Guadeloupe (-14 unités). On compte ainsi une agence pour 2 653 habitants en Martinique. Et une agence pour 2 588 habitants en Guadeloupe. Contre une agence pour 1 890 en France entière.

Cet indicateur est certes moins bien orienté aux Antilles que dans l’Hexagone, mais l’accessibilité aux services bancaires demeure forte. On recense une agence tous les 8 km² en moyenne en Martinique. Tous les 10 km² en Guadeloupe, et tous les 17 km² dans l’Hexagone.

(Publication de l’IEDOM-Guadeloupe)