L’UDE-MEDEF dessine avec méthode la Guadeloupe de 2030

L’union des entreprises vient de poser un véritable acte politique. Elle invite tous les acteurs du territoire à enrichir son projet pour la Guadeloupe à l’horizon 2030. Audacieux.

L’effet surprise a été garanti. Et c’est peu dire. Personne n’attendait l’UDE-MEDEF Guadeloupe sur une telle préfiguration de la Guadeloupe non pas d’après-demain, mais de demain. Certes, l’organisation patronale s’était risquée à quelques éléments de langage récurrents sur le sujet. Un temps, des réflexions ont pu infuser sur le projet de société de la Guadeloupe pour l’avenir. Jamais cependant, l’audace patronale sur le devenir du pays ne s’était à ce point exprimée. Le Covid-19 nous a vraiment fait basculer dans un autre monde. La Guadeloupe n’y échappe pas. Voici sans doute venu le temps de la co-construction véritable et intelligente qui nous a sans doute trop fait défaut.

Dans ce document de 45 pages le bureau de l’UDE considère « qu’il ne s’agit plus simplement de se demander ce que la Guadeloupe pourra être dans 1 an. Mais bien d’interroger les problématiques mondiales dans lesquelles nous serons plongées dans 10, 20 ou 30 ans. Puisque les enjeux sont systémiques, intrinsèquement liés les uns aux autres, qu’ils se juxtaposent et demandent des expertises précises. Parce qu’aucune réponse toute faite ne suffirait à englober la complexité de nos modèles socioéconomiques. Et parce que la pandémie mondiale ne cesse de nous rappeler le relativisme de nos certitudes ».

Oser, enfin

L’Union des entreprises de Guadeloupe affirme ainsi avoir pris le temps d’interroger, de consulter, d’interpeller, d’évaluer, de comparer, et de questionner. En s’appuyant sur des indicateurs économiques, en pointant les rapports internationaux et en identifiant nos atouts locaux. L’organisation patronale indique qu’elle aurait pu présenter des chiffres, des pourcentages, des courbes. Au lieu de cela, l’UDE a fait le choix de partager sa réponse commune aux problématiques de notre île. Celle avec laquelle tous les membres de son bureau se retrouvent et à laquelle l’Union des entreprises de Guadeloupe adhère.

Cette démarche patronale inédite bouscule les codes. Elle s’inscrit en tout cas dans le prolongement du discours patriotique assumé de Bruno Blandin, le président de l’UDE. Ce patriotisme économique prôné, parait à la lecture de ce document vouloir semer bien au-delà de la sphère entrepreneuriale.

Reste que l’organisation patronale demeure lucide. « Nous le savons, une vision n’a d’échos qu’avec la force et l’énergie de tous ceux qui s’activent à la faire naître. Le monde économique s’engage. Mais nous aurons besoin de tous les acteurs guadeloupéens, et en grand nombre, pour faire éclore l’idée nouvelle que nous vous présentons aujourd’hui pour notre territoire » peut-on lire dans ce document.  L’ambition est grande. Saisit l’opportunité de la crise actuelle pour construire une Guadeloupe beaucoup plus forte et responsable. « Aussi importe-t-il, pour que le rebond soit durable, que tous les acteurs de terrain puissent inscrire leurs actions dans la perspective d’un horizon commun. Avec une seule et même réponse qui puisse remplir les besoins de tous les secteurs » est-il encore mentionné. Rien que pour l’eau on aura déjà fait un grand pas…

Une boite à outils

L’UDE trace plusieurs pistes et objectifs pour transformer le réel en Guadeloupe. Elle suggère notamment le gagner le pari des énergies renouvelables. « Moyennant un recours significatif à des capacités de stockage, les potentiels d’énergies renouvelables en Guadeloupe sont suffisants pour assurer un mix électrique 100 % renouvelable d’ici 2030 » est-il indiqué. EDF appréciera.

L’on peut comprendre que les partis puissent en prendre ombrage. Au surplus, les courants nationalistes de notre échiquier politique qui pourraient estimer à tort être dépossédés de leur fonds de commerce. Il est sans doute grand temps de penser autrement… ensemble.

S’agissant de valorisation des compétences locales – sujet du moment -, la volonté est claire. Faire revenir les travailleurs talentueux de l’étranger et renforcer l’intégration des talents déjà sur place. «Avec les organismes publics compétents, nous devons faciliter l’intégration des jeunes et plus expérimentés. Pour cela, nous devons nous assurer le renforcement et/ou la création de départements en ressources humaines compétents dans chaque entreprise. Ceci aura pour but de faciliter l’évaluation des besoins en effectif et définir le type de formations, souvent déjà présentes sur le territoire. Consolider nos ressources humaines, c’est faciliter le recrutement et assurer le rayonnement de la marque employeur de la Guadeloupe » déclare le MEDEF-Guadeloupe.

Gagner le pari de la production locale

Autre piste intéressante : comment tendre vers notre autosuffisance alimentaire ? L’UDE a l’humilité de reconnaitre n’avoir rien inventée.  « Cela fait plusieurs années que les interprofessions pointent du doigt les incohérences de consommation sur notre marché local. La crise géo-sanitaire a entraîné une prise de conscience globale quant à la nécessité de privilégier nos produits, nos producteurs, nos métiers, nos emplois. Nous nous donnons 10 ans pour produire localement la moitié de la nourriture que nous consommons en produit frais. Le choix d’une alimentation de qualité et qui rémunère correctement toutes les professions. De l’éleveur à l’agriculteur, en passant par les métiers de transformations et la valorisation des commerces de proximité ». Difficile de ne pas y adhérer. Se posera inévitablement la problématique des freins à cette ambition dans nos circuits de distribution.

Rimèd razié… biodivisersité

Dans ce même document de base, il est aussi question de développer la pharmacopée locale et ainsi faire de la Guadeloupe un territoire remède. « Il aura fallu attendre 2013 pour que la Guadeloupe puisse être reconnue pour la richesse de sa pharmacopée. Glycérine, Pois de Bois, Mahot noir, Thé péyi ou Bois d’Inde, Goyave, Sureau, Verveine sont autant d’herbacées exceptionnelles désormais admises au Panthéon des pharmaciens. Grâce au travail exceptionnel des chercheurs et biologistes ultramarins, cette flore est étudiée dans plusieurs universités spécialisées du monde. Enjeu économique majeur, nos rimèd péyi méritent également que la population se les réapproprie pour mieux la préserver » est-il indiqué. Comment aller plus loin et faire de cette pharmacopée un vrai business ? C’est tout l’enjeu.

On oublie le tourisme de masse ?

Concernant le tourisme, c’est un virage serré qui est suggéré. « Nous répondrons à une offre éco-responsable, loin du tourisme de masse afin de faire bénéficier à tous les secteurs d’activités des contreparties directes sur le bien-être des populations. Avec des voyageurs soucieux d’apprendre des populations et bien plus à la recherche d’expériences inédites. La Guadeloupe se positionne comme une destination culturelle de renom ». Quid alors du million de touriste par an et du milliard d’euros de chiffre d’affaires qui justifient tous les investissements réalisés.

Replanter un million d’arbres en Guadeloupe

Enfin, il faut saluer un autre objectif de l’UDE : la replantation d’un million d’arbres en Guadeloupe. « Il ne s’agit pas simplement de replanter un arbre » précise l’organisation patronale. Là il est questionde reconnecter les Guadeloupéens à la richesse de la biodiversité de l’île. Défi pédagogique essentiel, enjeu de préservation des paysages insulaires, d’aménagement des territoires mais aussi outil écotouristique de taille. Cette campagne de mobilisation autour de ce qui fait notre richesse est un programme à entamer et que les entreprises sont prêtes à soutenir. Cela nécessite la mise en place d’un plan ambitieux de reconquête de notre biodiversité en mer comme sur terre ».

« Depuis 1992, l’UNESCO a décerné à la Guadeloupe le titre de « zone de réserve de la biosphère mondiale », en raison de sa biodiversité exceptionnelle. Avec 3800 espèces de plantes, elle devient l’écosystème terrestre et marin le plus riche de l’arc caribéen. Un patrimoine commun inestimable que nous devons faire savoir au monde… et protéger pour le préserver » assène l’UDE-MEDEF Guadeloupe.

Et que fait-on de la question institutionnelle ou statutaire ?

Cette démarche patronale inédite bouscule les codes. Elle s’inscrit en tout cas dans le prolongement du discours patriotique assumé de Bruno Blandin, le président de l’UDE. Ce patriotisme économique prôné, parait à la lecture de ce document vouloir semer bien au-delà de la sphère entrepreneuriale. L’on peut comprendre que les partis puissent en prendre ombrage. Au surplus les courants nationalistes de notre échiquier politique qui pourraient estimer à tort être dépossédés de leur fonds de commerce. Il est sans doute grand temps de penser autrement… ensemble.

Car au final, de toute façon, au rythme où vont les choses, nous n’auront pas le choix. Quant aux petits calculs politiques dictés par les échéances électorales, ils semblent aux antipodes des grands enjeux du pays. Et ne parlons même pas de la question statutaire, totalement absente de cette réflexion de base de l’UDE. Mais quand on voit à quel point le sujet intéresse peu nos compatriotes, à la lumière du dernier baromètre politique de Qualistat, faut-il s’étonner de cet oubli patronal… stratégique ?