Ministère des outre-mer : derrière le jeu des pronostics, une supercherie

La succession d’Annick Girardin est ouverte rue Oudinot. Mais peu de chances qu’un ultramarin lui succède. Voilà 11 ans que ce poste nous revient. Pour quels résultats ?

Lorsque nous avons évoqué récemment sur notre site, la piste Carenco pour succéder à Annick Girardin, rue Oudinot. Quelle ne fut pas notre surprise de recevoir dans la foulée, un coup de fil que nous tairons. L’objet de l’appel était double. Confirmer que la piste était effectivement crédible. Très crédible même. Mais que la meilleure manière de l’enterrer était d’en avoir parlé. Dont acte. L’avenir nous dira si cette règle non écrite se confirme.

De même, l’on saura si Ary Chalus et Justine Bénin en pâtiront. Eux dont l’Expansion a cru voir en eux des ministrables en puissance. Précisément au ministère des outre-mer. L’hebdomadaire a oublié dans le lot, Olivier Serva, le président de la délégation à nos régions à l’assemblée nationale. Après tout, lui aussi a subi une dure défaite dès le 1er tour des municipales comme sa collègue du Moule.

Ce graal inutile

C’est que l’on a du mal à comprendre cette frénésie à chaque remaniement. Et cette propension à vouloir qu’un des nôtres accède à ce ministère dont l’influence au sein des gouvernements successifs n’a cessé de se réduire. On ne peut cependant affirmer que les outre-mer n’ont pas eu des occasions de briller à l’Hôtel de Montmorin. Depuis Yves Jégo de 2007 à 2009 – dont on dit qu’il serait à nouveau ministrable, mais pour un autre fauteuil -, tous les ministres chargés de nos régions en étaient issus.

Marie-Luce Penchard (Fillon I et II), de novembre 2010 à mai 2012. Victorin Lurel (Ayrault I et II), du 16 mai 2012 au 31 mars 2014. Georges Pau-Langevin (Valls I et II), du 2 avril 2014 au 6 décembre 2016. La réunionnaise Ericka Bareigts (Cazeneuve), du 6 décembre 2016 et au 10 mai 2017. Et enfin, depuis 2017, Annick Girardin, originaire elle de Saint-Pierre et Miquelon. En tout, cinq ministres des outre-mer consécutifs originaires de nos régions, dont trois guadeloupéens.   Quid de la situation de nos départements en dépit de cette belle représentativité récurrente au sein des gouvernements depuis la présidence Sarkozy.

L’heure de la rupture ?

La vie politique française est rythmée par des cycles. Il faut craindre que celui-ci arrive à son terme. Surtout que l’actuelle pensionnaire du MOM ne laisse pas derrière elle, un bilan particulièrement élogieux dans la fonction. Pas plus que son efficacité n’a été perçue de manière prégnante dans nos territoires. Cela fait bien longtemps hélas que Médétom n’est plus qu’une coquille vide. Combien d’arbitrages historiques nos ministres, bien de chez nous, ont-ils d’ailleurs remportés. Les problèmes des sargasses demeurent. Ne Parlons même pas du dossier de l’eau – où l’Etat a sa part de responsabilité-, du scandale du chlordécone également. Au surplus, sommes-nous davantage respectés au sommet de l’Etat, à l’image des corses ?

L’occasion est donc donnée à Emmanuel Macron de poser, s’agissant des outre-mer, un acte politique de rupture.

L’occasion est donc donnée à Emmanuel Macron de poser, s’agissant des outre-mer, un acte politique de rupture. Il n’aura échappé à personne que le chef de l’Etat est très à l’aise dans ce registre. Pourquoi diantre le ministère des outre-mer reviendrait-il forcément à un ultramarin ? On devine avec quel aplomb cette réflexion pourrait être assumée en macronie décomplexée.

Les outre-mer ce n’est pas un peu réducteur ?

Et puis pourquoi nos politiques les plus aguerris, suffisamment en tout cas pour espérer être ministre, devraient-ils se cantonner au MOM. Ne peuvent-ils pas viser plus large ? Un ministère de l’agriculture par exemple. Un ministère de la mer – ça ne nous ferait pas de mal. Certes, il y a eu Christiane Taubira, ancienne Garde des Sceaux. Léon Bertrand qui fut ministre du tourisme sous l’ère Chirac. Et auparavant Lucette Michaux-Chevry, à la francophonie et à l’action humanitaire.

N’oublions pas du reste, Roger Bambuck, nommé en 1988, secrétaire d’État à la jeunesse et aux sports dans le gouvernement de Michel Rocard. Fonction qu’il assura jusqu’en 1991. Plus récemment, Laura Flessel accéda à ce même portefeuille. Dommage que l’expérience ait tournée court.  Ces exceptions faites, les maroquins dédiés « aux gens des îles », vu de Paris, n’ont d’autres vocations.  Nous donner l’impression de peser. Cela flatte nos égos respectifs. Le nôtre et celui de ceux qui nous « représentent ». En attendant, les outre-mer tournent en rond.  Alors qu’en dites-vous. Stop ou encore ?

Show CommentsClose Comments

1 Comment

Comments are closed.