Outre-mer : l’état d’urgence économique ?

Les CCI des outre-mer publient un livre blanc sur les effets de la crise du covid-19 dans nos régions. Elles listent également leurs propositions pour en sortir.

Les effets de la crise générée par l’épidémie de Covid-19 s’annoncent encore plus désastreux dans les territoires d’outre-mer que dans le reste de la France. Dès l’introduction de ce document d’une quarantaine de pages, le décor est planté. Les CCI des outre-mer rappellent que les économies ultramarines souffrent de fragilités structurelles importantes qui sont accentuées par la crise et en démultiplient les impacts, tout en obérant une capacité de rebond rapide et pérenne.

« Alors que les taux de chômage et de pauvreté sont déjà beaucoup plus élevés en outre-mer que dans l’Hexagone, la perspective d’une régression des PIB ultramarins qui pourrait aller de 10 à près de 20 points en 20201 a de quoi inquiéter » indiquent-elles.

Le rôle clé de l’Etat et des collectivités

Les chambres consulaires reconnaissent le rôle majeur et salutaire de L’État et des Collectivités depuis le début de la crise. Le poids des administrations publiques dans les économies d’outre-mer – qu’il s’agisse des DROM ou des COM – permet en partie d’amortir le choc, soulignent-elles. « Les mesures d’urgence mises en œuvre ont jusqu’à présent permis d’éviter des faillites en cascade qui auraient causé des dommages irréparables » peut-on lire encore.

Les CCI membres de l’ACCIOM constatent que les entreprises ont largement eu recours aux dispositifs déployés (activité partielle, fonds de solidarité, PGE). Et ce malgré des difficultés à effectuer des démarches parfois complexes, des délais de traitement des demandes jugés longs et des banques perçues comme trop frileuses.

La crise n’est pas encore derrière nous

« Nous ne sommes toutefois encore qu’au début de la crise. Derrière l’état d’urgence économique patent et la confiance en berne des chefs d’entreprises se profile un état d’urgence social aux conséquences potentiellement dramatiques pour la cohésion nationale. Dans ce contexte, l’ACCIOM et ses CCI membres se sont données pour objectif, de réfléchir à des propositions destinées à relancer et transformer les économies ultramarines » est-il précisé.

Être forces de proposition

D’où la publication de ce livre blanc, qui s’articule autour de trois axes. D’abord une analyse globale de la situation, accompagnée de propositions pour parer à l’urgence. Ensuite, une approche sectorielle centrée sur le tourisme, le commerce, les transports, le BTP et l’industrie, incluant des propositions inscrites dans une perspective de relance durable.

Chaque secteur a ainsi été examiné à l’aune de thématiques transversales telles que l’intégration régionale, la formation, le numérique ou encore le développement durable. Enfin, une approche territoriale détaillant les mesures spécifiquement portées par chaque CCI ultramarine, afin que les problématiques locales soient bien prises en compte.

Soutenir le plan de relance gouvernemental

L’ensemble des propositions exposées dans ce livre blanc est issu d’un colossal travail de concertation avec les entreprises ressortissantes mené par les CCI. Ces propositions ont vocation à soutenir le déploiement du plan de relance présenté par le Gouvernement français au début du mois de septembre. Et tout particulièrement sa déclinaison pour les outre-mer, ainsi que les démarches conduites par les Collectivités.

Ainsi pour relancer le tourisme, il est proposé de rebâtir le ce secteur selon trois axes. A travers plusieurs mesures urgentes. Préserver la trésorerie, prolonger les aides gouvernementales jusqu’à la fin de la crise, ou encore distribuer des chèques-vacances, à utilisation locale, aux ménages défavorisés. Pour le commerce au-delà des mesures d’urgence destinées à aider les entreprises du secteur à traverser la crise, les CCI estiment prioritaire de désenclaver les outre-mer.

Une vraie boite à outil

Elles prônent que soient assurées des liaisons maritimes et aériennes régulières entre l’Hexagone et l’ensemble des territoires. Sans oublier les échanges inter-régionaux. Il est aussi question de réduire les délais d’acheminement. D’adapter l’aide au fret. Mais aussi de renforcer les aides à la production, transformation et commercialisation locales. Les CCI des outre-mer estiment en outre plus que jamais indiqué d’encourager les consommateurs à privilégier les circuits courts. Elles militent aussi pour une accélération de la digitalisation.

La relance par le BTP ?

S’agissant du BTP, la reprise rapide de ce secteur BTP a été analysée dans de nombreux territoires comme ayant un effet de levier sur l’économie ultramarine. Outre la prolongation des dispositifs mis en place face à l’urgence sanitaire (activité partielle, rallongement des délais), les propositions issues des concertations s’inscrivent dans le long terme. Il est recommandé de relancer le BTP ultramarin par la mobilisation de la commande publique.

Cela passe selon les CCI des outre-mer par rendre systématique le principe d’allotissement pour amplifier les retombées économiques et sociales des marchés. Autre demande formulée, la simplification des procédures, notamment via la dématérialisation. La réduction des délais de paiement. De même que la réalisation d’un audit sur l’applicabilité des normes aux spécificités des territoires ultramarins.

Les leviers de la fiscalité et de l’empreinte carbone

Des mesures fiscales incitatives sont également évoquées, à l’image de la défiscalisation outre-mer qu’il conviendrait d’ouvrir au logement libre. Il est suggéré par ailleurs d’élargir le champ de ces mesures à la rénovation de logements par les particuliers. L’introduction de la notion de proximité et de réduction de l’empreinte carbone dans les critères d’attribution des marchés publics, est enfin proposée.