Outre-mer : vote de détestation pour Macron ?

Le verdict des urnes est tombé. Le président sortant Emmanuel Macron sort vainqueur. Mais il a essuyé une défaite sévère dans les outre-mer.

C’est peu dire qu’Emmanuel Macron a pris cher dans nos régions lors du 2ème tour de l’élection présidentielle. Arrivé 3ème en Guadeloupe à l’issue du 1er round derrière Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, le président sortant pouvait-il espérer un retournement en sa faveur. Rien n’est moins sûr. Emmanuel Macron ne comptait manifestement pas sur nos régions pour espérer l’emporter.

En témoignent les scores historiques réalisés par la candidate du Rassemblement National, non seulement en Guadeloupe, où elle obtient près de 70% des suffrages. Mais aussi en Martinique et en Guyane où Marine Le Pen a su convaincre un peu plus de 60% des électeurs. Ce qui pouvait paraître impensable aux yeux de certains s’est donc produit. Dans nos régions, ce n’est pas le front républicain qui a joué, mais davantage une déferlante anti-Macron.

La crise sanitaire, mais pas que…

En cause, comme l’a si bien analysé l’observateur averti Me Pierre-Yves Chicot sur Eclair-TV dans l’émission Franc-Parler au lendemain du 1er tour de la présidentielle, le contexte de la crise sanitaire, certes. A cela se sont ajoutés d’autres motifs de rejets du président sortant dans ces régions. Au rang de ceux-ci, son style de gouvernance et de communication, son rapport distant aux outre-mer, mal vécu par nos compatriotes. Il y a aussi le dossier de l’eau sur lequel le chef de l’Etat était attendu. Un vrai boulet pour les personnalités politiques qui ont continué à le soutenir en Guadeloupe.

« N’oublions pas qu’Emmanuel Macron a commencé sa campagne en Guadeloupe il y a 5 ans. A l’époque, les rares élus locaux qui le soutiennent aussi vaillamment sont des élus guadeloupéens. On peut se poser la question de sa gratitude à l’endroit de ces élus qu’il considère comme ses alliés et le territoire de la Guadeloupe » relève Pierre-Yves Chicot.

Une vraie fracture politique

Rien de surprenant renchéri, ce maître de conférence en droit public, par ailleurs avocat, à l’évocation de la personnalité d’Emmanuel Macron. “Ce ne sont pas des gens qui vont convoquer la sensibilité dans leur manière d’envisager la vie. Et ça, les guadeloupéens le ressentent“. D’où ce vote de rejet, voire même de détestation.

« Les guadeloupéens sont traditionnellement très disciplinés, très républicains. Ce sont des gens qui sont attachés à la république, qui sont friands de débats publics. Ce profil de président en aucune façon à celui du citoyen-électeur guadeloupéen. Et c’est pour cela qu’il y a une détestation, non pas de l’individu, mais de sa façon d’habiter la fonction, d’exercer le pouvoir, de s’adresser aux gens » a encore indiqué Me Pierre-Yves Chicot.

Législatives à haut risque pour le camp Macron ?

Une analyse qui préfigurait sur bien des points le scénario du second tour de la présidentielle dans notre département et plus largement dans les outre-mer. Car malgré l’engagement de GUSR en Guadeloupe et de la majorité régionale – certes dans des proportions moindres que pour les municipales, les départementales et les régionales -, le rejet du candidat Macron s’est amplifié. Les législatives à venir s’annoncent rock’n roll dans notre archipel.