Philippe Gustin : « Là où je serai, je continuerai à vous regarder »

L’ancien préfet de Guadeloupe, Philippe Gustin a organisé une réception sobre en préfecture avant son départ pour le ministre des outre-mer. Il a eu du mal à dissimuler son émotion en prenant la parole.

C’est dans la salle Schoelcher de la préfecture que Philippe Gustin s’est adressé aux personnalités invitées, avant son départ pour Paris. Elus, corps préfectoral, services déconcentrés de l’Etat, représentants du monde économique et de la société civile ont fait le déplacement. Le désormais ancien préfet de Guadeloupe a fait une brève allocution d’un peu moins de 10 mn. Une prise de parole marquée par deux moments où Philippe Gustin n’a pu contenir son émotion. Sous les applaudissements de l’assistance.

Les préfets passent. Parfois ce sont des gouverneurs. Parfois, ils sont lâches. Parce que s’il y a des préfets gouverneurs, c’est parce qu’avant eux, il y a eu des préfets lâches

« Rien ne se serait fait sans vous. Des choses ont changé, je crois en Guadeloupe » a-t-il indiqué. Remerciant ses équipes, il a tenu à saluer leur présence à ses côtés durant ces 26 mois. Une expertise juridique cruciale a-t-il souligné en substance, lorsqu’il a fallu prendre des positions dures et les assumer. Philippe Gustin a rappelé en outre que l’autorité préfectorale n’a perdu aucun contentieux lié à la période de confinement.

Une brutalité assumée envers les élus

Pour le reste, s’adressant aux élus présents, l’ancien préfet a reconnu avoir été à certains égards, un peu cruel. Saluant leur engagement, il a jugé utile de rappeler à la classe politique locale certains principes. « Ces missions ne vous appartiennent pas. Elles vous sont confiées par les électeurs pour une durée. Nous étions-là pour rappeler le droit. Ça n’a pas toujours été simple. Il a fallu parfois prendre des dispositions brutales. Parce qu’on ne pouvait pas laisser faire. Laisser filer les déficits de certaines communes. Laisser faire des choses illégales » a-t-il poursuivi.

17 morts sur les routes depuis le déconfinement

A propos du déploiement massifs des radars tourelles sur notre réseau routier, Philippe Gustin assume son action là aussi. Et surtout il espère bien que son successeur ira dans le même sens. « Depuis la fin du confinement, 17 personnes sont mortes sur les routes de Guadeloupe. C’est plus que le bilan du coronavirus sur l’île. Sauf qu’il y a une énorme différence. Ces morts auraient toutes pu être évitées » a-t-il déclaré.

Fier d’avoir bousculé les choses pour l’eau

Concernant le dossier de l’eau, l’ancien préfet, s’est félicité avec ses équipes, d’avoir réquisitionné des opérateurs pendant deux mois. « Ça ne s’est jamais fait. On a su prendre des risques. Depuis l’annonce de mon départ, je ne compte plus les messages de guadeloupéens et de guadeloupéennes qui me disent, on a de l’eau. C’est la plus belle des récompenses » a-t-il ajouté. « Les préfets passent. Parfois ce sont des gouverneurs. Parfois, ils sont lâches. Parce que s’il y a des préfets gouverneurs, c’est parce qu’avant eux, il y a eu des préfets lâches. Je le dis clairement » a-t-il soutenu.

Enfin, Philippe Gustin a souhaité que tout soit mis en œuvre pour fixer la jeunesse guadeloupéenne sur le territoire ou encourager son retour. Un pays qui vieillit est un pays qui meure a-t-il affirmé. En guise de conclusion, l’ancien préfet a fait ultime déclaration. « Là où je vais, je continuerai à vous regarder ». Faisant allusion à ses nouvelles fonctions de directeur de cabinet du ministre des outre-mer Sébastien Lecornu.