Polémique : le Rassemblement National Guadeloupe s’enfonce

La cacophonie du Rassemblement National Guadeloupe concernant la résolution sur l’esclavage et le racisme vire au burlesque. C’est déroutant.

La règle d’or en communication de crise est de garder son sang-froid. Pas simple sous la pression médiatique et de l’opinion publique. Dans un exercice d’une rare maladresse, Maxette Pirbakas, la députée européenne guadeloupéenne tente de reprendre la main. Si l’on en croit son communiqué de presse publié lundi soir, elle n’a pas voté contre cette fameuse résolution. Jamais la descendante d’immigré indien qu’elle incarne n’aurait pu commettre une telle faute politique. Jamais elle ne se serait opposée à une résolution portée devant le parlement européen reconnaissant l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

La députée européenne RN de Guadeloupe soutient donc, après un long silence de plus de 48h, qu’elle n’a pas voté contre ce texte. Pourquoi alors André Rougé, son collègue parlementaire RN, délégué aux outre-mer, ne l’a-t-il pas précisé dans son communiqué daté du 21 juin ? Dès dimanche, le représentant du RN en Guadeloupe Rody Tolassy avait admis le vote contre, de la députée européenne. « Sur l’ensemble du texte », nous avait-il précisé dénonçant implicitement un fourre-tout piégeux. Acculée, Maxette Pirbakas devait réagir. Mais sans doute pas ainsi, tant sur la forme que sur le fond. La communication politique a ses règles.

La déclaration de Maxette Pirbakas enregistrée au Parlement Européen

Rétropédalage contraint ou amateurisme politique ?

Reste que le fond du problème quant à lui reste entier. On ne demande qu’a croire Maxette Pirbakas lorsqu’elle affirme s’être abstenue, au regard de ses origines. L’ennui c’est que les résultats des votes par appel nominal sur le site du parlement européen indiquent le contraire. Le nom de Maxette Pirbakas figure bien à plusieurs reprises dans la colonne des votes exprimés contre cette résolution n° B9-0196/2020/REV1. Résolution référencée “The Anti-racism protests following the death of George Floyd”. La députée européenne évoque “un problème [qu’elle] ne s’explique pas quant au sens de son vote corrigé depuis par une abstention ». Tout cela est bien étrange. Et la déclaration vidéo diffusée par Maxette Pirbakas pour justifier sa position, pas très convaincante.

Une communication désastreuse

Quant à la dernière prise de position de Rody Tolassy dans cette affaire, elle sème encore plus le doute. Le délégué départemental du RN en Guadeloupe indique avoir apporté son soutien à Maxette Pirbakas dimanche dernier, en fonction des éléments dont il disposait. Mais il affirme avoir ensuite mesurer « l’erreur politique de la députée européenne qui aurait dû suivre avec plus d’assiduité ce sujet d’importance au parlement européen. En tant que représentante des Outre-mer et ainsi de l’histoire commune de nos territoires ». Et Rody Tolassy d’ajouter. « Son rôle en tant que seule Guadeloupéenne, élue au Parlement Européen est de faire entendre et de défendre nos différences ». Pour Rody Tolassy, il appartenait à Maxette Pirbakas « d’influencer le député référent et ainsi l’ensemble du vote de son groupe. Ou même mieux faire un amendement allant bien plus loin que celui du député Omarjee ». Comprenne qui pourra. Affaire à suivre.

Show CommentsClose Comments