Politique : La Guadeloupe en panne d’idées et d’idéaux ?

Jamais un scrutin régional n’a semblé si ouvert en Guadeloupe. La question n’est plus de savoir s’il y aura une surprise ou pas. Mais davantage d’où viendra-t-elle. Reste que l’essentiel est sans doute ailleurs.

Cette la Guadeloupe, la nôtre, à cela de singulier. Son caractère parfois imprévisible. Elle pourrait d’ailleurs nous surprendre à l’occasion des régionales et départementales des 20 et 27 juin à venir. Entre défiance à l’égard d’une classe politique en panne d’idée et en quête de renouvellement. Et une aspiration légitime de nos compatriotes à un pouvoir politique beaucoup plus affirmé localement. Il y a largement matière à analyse. Vous y ajoutez la singularité de cette campagne électorale sur fond de crise sanitaire. Sans parler de cette irruption des listes citoyenne et/ou identitaires dans le débat public. Voilà le décorum. Il est loin le temps où seuls les appareils s’invitaient à la table de la répartition potentielle des sièges et des places. Force est de constater qu’aujourd’hui la volonté d’en être et d’avoir voix au chapitre a fait voler en éclat bien des digues.

Le plafond de verre de 2015

Il faut dire que 2015 est passé par là. Depuis, tout est possible. La notion d’élite politique, d’inaccessibilité attachée à certaines fonctions électives est d’un autre monde. Le pays en sort-il gagnant quant au fond ? Chacun se fera son idée. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, s’amuser des grossières fautes de français de tel ou tel candidat, c’est lui garantir davantage de suffrages. Voilà où nous en sommes. Du bon usage de la démocratie et du bulletin de vote en Guadeloupe. Cette campagne en vue du 1er tour des régionales et départementales s’achève sur un gout d’inachevé. De rendez-vous manqué avec les vrais enjeux du pays. De vide politique en termes de vision, de rêves fédérateurs, de volontés affirmées et crédibles de transformer le réel et non le subir.

Le génie guadeloupéen doit (ré)investir le champs politique

Notre génie guadeloupéen qui excelle dans bien des domaines n’a pas encore investi la sphère politique. Sans doute est-ce une vérité en devenir qui gagnerait néanmoins à accélérer le mouvement, la nation française à laquelle nous sommes toujours rattachés, n’étant pas à l’abri d’une nouvelle déflagration politique lors de la prochaine présidentielle.

Faut-il un changement de statut pour que les vice-présidents de ces deux collectivités fonctionnent comme des « ministres » en charge de leurs domaines respectifs avec de vrais moyens et une obligation de rendre compte.

Dans cette perspective et peu importe du reste, de celui ou celle que les français – y compris nous – choisirons comme chef d’Etat, le pouvoir politique en Guadeloupe devra élever le niveau. Tant sur la forme, que sur le fond. Sans parler de la posture et de la densité du discours politique.

Bref, tout ce qui n’a pas transpiré – ou si peu – dans le débat que nos confrères de Guadeloupe 1ère ont eu le courage d’organiser. Bravo au service public pour cette belle initiative qui a largement contribuer à éclairer l’opinion guadeloupéenne sur les limites de l’offre politique qui lui est proposée.

Pour les marchandages d’entre deux tours, ça promet !  

Une fois passé le premier tour, viendra le temps du marchandage des soutiens, consignes de vote au second tour et autres accords pour la présidence du département. Les contreparties se négocieront aussi avec comme monnaie d’échange les suffrages des électeurs et électrices guadeloupéens. En attendant, pas un engagement clair sur la pratique réelle de la gouvernance de nos deux collectivités majeures au quotidien.

La région et le département, ont-ils vocation à voir à leur tête un exécutif omniscient et sur tous les fronts ? Faut-il un changement de statut pour que les vice-présidents de ces deux collectivités fonctionnent comme des « ministres » en charge de leurs domaines respectifs avec de vrais moyens et une obligation de rendre compte. Le tout sous la présidence du chef d’exécutif.

Plaidoyer pour une pratique réinventée de la gouvernance des collectivités

Ne peut-on pas pour davantage d’efficacité, inventer un meilleur usage de la commission permanente et une déclinaison de celle-ci en conseil d’exécutif – il n’est pas interdit de se réinventer. Pour piloter autrement l’action publique, s’imposer de vraies obligations de résultat et un rythme plus soutenu de rendez-vous avec l’opinion qui ne soient pas centrés sur le président de collectivité.

Ce style de gouvernance a vécu et prouvé son inefficacité sur la durée. Sauf à servir des ambitions personnelles sur des cycles de deux mandats. Et c’est justement pour faire avancer notre Guadeloupe qu’il faut remplir son devoir électoral ce dimanche 20 juin. Car peu importe, les majorités qui se dessineront à la Région et au Département, la pratique de la gouvernance des affaires du pays doit changer. L’état d’esprit aussi. JDCJDR…