Pourquoi le vote de Maxette Pirbakas est inqualifiable

C’est une faute politique grave de s’opposer à un texte reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. Maxette Pirbakas, descendante d’esclave, n’a aucune excuse.

A vomir. La polémique a fait rage sur les réseaux sociaux. La représentation locale du Rassemblement National a beau tenter d’expliquer l’inacceptable. Les faits sont têtus. L’histoire politique de ce pays retiendra dans ses pages les moins glorieuses cet odieux vote contre. Celui de la députée européenne guadeloupéenne du Rassemblement National. En s’opposant à la résolution adoptée par le Parlement Européen, qui reconnait l’esclavage comme crime contre l’humanité Maxette Pirbakas a suscité une vague d’indignation. Avec cette prise de position hideuse la députée européenne RN pouvait-elle espérer un traitement autre.

Condamnation du suprémacisme blanc 

Cette résolution qui fait débat a pourtant été adoptée à une large majorité par les eurodéputés. 493 voix pour, 104 contre et 67 abstentions. Le texte, il faut le préciser visait d’abord à condamner la mort effroyable de George Floyd aux États-Unis. Ainsi que les meurtres similaires ailleurs dans le monde. Il porte aussi son soutien « aux récentes manifestations contre le racisme et la discrimination ». Et condamne « le suprémacisme blanc sous toutes ses formes ».

S’agissant du sujet clivant qui nous concerne directement la résolution n’a pas fait dans le détail. Elle mentionne ce qui suit. « Les institutions et les États membres de l’UE devraient reconnaître officiellement les injustices du passé et les crimes contre l’humanité commis contre les personnes noires, les personnes de couleur et les Roms ». Et le Parlement européen de déclarer que « la traite des esclaves est un crime contre l’humanité ».

Une résolution rejetée en bloc par le RN

C’est contre ce texte dans sa globalité que la députée européenne guadeloupéenne a voté, avec son groupe. Faut-il alors s’étonner de la réprobation des élus du parti d’extrême droite au sein du PE ? Imaginez un instant le RN condamner par son vote « le suprémacisme blanc sous toutes ses formes ». Je vous laisse imaginer la tête des militants de base. L’ADN de ce parti est connu depuis des années. Maxette Pirbakas ne pouvait l’ignorer. Elle a fait le choix de porter les couleurs de cette formation politique en toute connaissance de cause. Et ce faisant, elle a donc adhéré totalement et sans droit d’inventaire possible, à l’idéologie haineuse du RN (anciennement FN).

Maxette Pirbakas ne pèse pas lourd au sein du RN pour oser être une petite voix discordante. A défaut, elle aurait pu ou dû s’abstenir.

Depuis ce vote, celle qui s’est donnée les moyens, d’être en position éligible sur la liste du Rassemblement National, lors des dernières européennes, a posé un acte de rupture. Elle a sacrifié la mémoire de nos ascendants sur l’autel de la discipline de son parti. Et puis, Maxette Pirbakas ne pèse pas lourd au sein du RN pour oser être une petite voix discordante. A défaut, elle aurait pu ou dû s’abstenir. Mais cela requiert un certain courage politique dont seuls les cadors qui ne doivent rien à personne peuvent user et abuser.

Le parti assume, Tolassy aussi

Quant aux explications du délégué départemental du Rassemblement National en Guadeloupe, elles enfoncent plus qu’elles n’éclairent. Pour Rody Tolassy, le vote contre la résolution portée par Younous Omarjee s’inscrit dans la volonté de « ne pas se mêler politiquement d’une affaire qui concerne les Etats-Unis d’Amérique ». Le délégué départemental RN rappelle surtout son soutien au groupe politique de l’eurodéputée Maxette Pirbakas sur cette résolution. Le Rassemblement National en Guadeloupe assume donc totalement la position de son élue au parlement européen et de son groupe.

La Guadeloupe, on le sait, n’est pas à une contradiction près. Maxette Pirbakas n’en est qu’une regrettable illustration.

« La France sous la Présidence de Jacques Chirac n’aura pas attendu Monsieur Omarjee. Ni l’Union Européenne pour reconnaitre l’esclavage comme crime contre l’humanité et commémorer son abolition ». C’est ce qu’a indiqué par voie de communiqué André Rougé, député européen et délégué national à l’outre-mer du RN. Dans ce même document, le parti rappelle son attachement à l’Outre-mer, « auquel les ultramarins ont apporté leur confiance, tant au premier tour de la Présidentielle qu’aux dernières élections européennes ».

Silence scandaleux de la classe politique locale

Il revendique de même son engagement sans relâche pour dénoncer l’inaction du gouvernement et de l’Union européenne sur plusieurs dossiers. Le coût de la vie, les sargasses, le chlordécone, l’adduction d’eau, la santé, l’insécurité, l’immigration et le manque de prise en compte politique de la spécificité ultramarine. Comme pour rappeler que le RN a su faire son trou en Guadeloupe et séduire – étrangement ? – une partie non négligeable de notre électorat. Mais la Guadeloupe, on le sait, n’est pas à une contradiction près. Maxette Pirbakas n’en est qu’une regrettable illustration. Et que dire du silence assourdissant du reste de la classe politique guadeloupéenne sur ce sujet. Silence complice. Frilosité. Décidément.

Show CommentsClose Comments