Rachat de Corsair par des investisseurs domiens : c’est fait !

L’accord entre l’Etat et le Consortium d’investisseurs des DOM pour le rachat de Corsair a été signé hie soir. C’est historique pour le monde économique ultramarin.

Cet accord a été signé mercredi soir vers 23h30 à Paris entre Corsair, l’Etat et un consortium d’investisseurs domiens. Dont plusieurs intérêts guadeloupéens. Il présente une solution de financement permettant à Corsair de surmonter la crise et d’assurer la pérennité de son activité. La finalisation de l’opération devrait intervenir d’ici la fin de l’année. Après homologation du plan de conciliation par le Tribunal de commerce de Créteil. Cette audience est prévue le mardi 1er décembre prochain.

L’idée d’une ouverture du capital aux particuliers ultramarins fait son chemin. Il s’agirait de renforcer davantage l’appartenance de la compagnie à nos régions et permettre à de petits et moyens porteurs de participer à l’aventure. La réflexion pourrait conduire à un accès flottant à 10% du capital.

L’accord acté entre les parties prévoit une contribution financière globale de près de 300 millions d’euros. 141 millions d’aides de l’Etat, 105 M€ de TUI et 30 M€ d’apports des investisseurs.  L’opération devrait permettre à Corsair, dans le contexte de crise inédite que traverse le secteur du transport aérien, de se restructurer et se développer. Il est question de la mise en œuvre d’un projet stratégique ambitieux. En ligne avec son positionnement d’acteur majeur des dessertes des Outre-mer.

Engagement fort de l’Etat

Dans un communiqué de presse la compagnie indique que l’Etat confirme ainsi sa volonté de soutenir le transport aérien français, de préserver l’emploi dans un secteur particulièrement affecté par la crise. Et de maintenir un nombre suffisant d’acteurs sur les dessertes des Outre-mer.

L’on apprend aussi que « dans le cadre de cette opération, Intro Aviation et le groupe TUI cèderont la totalité de leur participation dans le capital de Corsair. Le consortium d’investisseurs, qui devient actionnaire à 100%, va jouer un rôle déterminant dans le succès de Corsair ».

Il est rappelé en outre que c’est à l’initiative de deux entrepreneurs guadeloupéens, à savoir Eric Kourry et Patrick Vial-Collet, que ce consortium s’est constitué.  Il réuni des décideurs notamment des secteurs du tourisme et de l’hôtellerie, basés aux Antilles, à la Réunion et en Guyane. Ainsi que des collectivités territoriales. A ce stade la Région Guadeloupe et Mayotte sont officiellement partantes. Sous réserves de la validation de leurs organes délibérants respectifs. Pour les collectivités de Martinique et de Guyane, on est dans l’attente d’une décision d’engagement dans le projet.  

Corsair sauvée de la disparition

« Grâce à l’empreinte locale très forte de ses membres, le consortium va contribuer à renforcer très rapidement la position de Corsair sur les marchés domiens. En effet, d’importantes synergies en appui du développement de la compagnie pourraient être mises en œuvre, avec notamment des apports de business additionnel. Corsair a désormais les moyens de traverser la crise et poursuivre la mise en œuvre de son plan stratégique. Les soutiens financiers prévus donnent à Corsair des bases solides pour assurer sa pérennité » indique le communiqué de la compagnie.

Le protocole et ce qu’il implique a été présenté aux instances sociales de la compagnie dès ce jeudi. Les restructurations annoncées s’accompagneront nécessairement de réduction d’effectif. Dans quelles proportions, c’est pour l’instant la grande inconnue. Actuellement, le transporteur compte pas moins de 1100 salariés. Sa taille critique serait en réalité plus proche des 800 salariés.

Confirmation du renouvellement de la flotte

Pour le reste, le projet de renouvellement et modernisation de la flotte déjà engagé est confirmé, avec 5 A330-900 NEO en commandes fermes. « Ainsi, 3 NEO intégreront la flotte en avril, mai et juin 2021. Le 4ième NEO devrait être livré en décembre 2021. Corsair opérera donc une flotte de 9 avions dès décembre 2021. En juin 22, le 5ième NEO remplacera le dernier A330-200 encore présent dans la flotte. Les performances en matière de protection de l’environnement seront très nettement améliorées. Grâce à une nouvelle motorisation des NEO qui permet de diminuer les émissions carbonées et les nuisances sonores » fait savoir Corsair.

En toute logique, Corsair va se concentrer sur les dessertes domiennes. « Outre le renforcement des dessertes actuelles (Martinique, Guadeloupe, Réunion, Maurice, Abidjan et Montréal). Un élargissement du réseau est prévu avec l’ouverture de nouvelles destinations notamment Mayotte dès le 11 décembre 2020 ».

De Izaguirre reste aux commandes

Le patron de la compagnie Pascal de Izaguirre qui reste en poste a réagi en ces termes. « Je souhaite remercier très sincèrement l’Etat pour son soutien et l’excellente collaboration avec les Ministères concernés. Je me réjouis de l’arrivée de nouveaux actionnaires qui s’engagent à nos côtés pour assurer la pérennité de Corsair. Il faut également saluer l’engagement de l’ensemble du personnel qui a exprimé, en acceptant des efforts significatifs, une forte adhésion au projet. C’est avec confiance que nous irons présenter et défendre cet accord auprès du tribunal en vue de son homologation début décembre ».

Ouverture du capital aux particuliers ?

Cette opération est la plus importante réalisée par des investisseurs domiens dans le domaine du transport aérien. C’est un coup stratégique sans précédent qui est à l’œuvre au service du développement de nos territoires. Mais aussi pour garantir une vraie concurrence sur le transatlantique en termes de politique tarifaire. Nos investisseurs locaux confirment ainsi qu’ils peuvent pilotage avec succès des montages de très haut niveau. Corsair c’est pas moins de 500 M€ de chiffre d’affaire. Le prévisionnel adossé à ce plan évoque une projection à 650 M€ de CA lorsque que la stratégie arrêtée sera mise en œuvre.

Enfin, selon nos informations, l’idée d’une ouverture du capital aux particuliers ultramarins fait son chemin. Il s’agirait de renforcer davantage l’appartenance de la compagnie à nos régions. Mais aussi de permettre à de petits et moyens porteurs de participer à l’aventure. La réflexion pourrait conduire à un accès flottant à 10% du capital. Si cela se confirme, le projet prendrait encore plus de sens et de dimension. Les nouveaux actionnaires de Corsair vont-ils joindre l’intention manifestée aux actes ?