Rachat de Corsair : pourquoi Air-Caraïbes devrait plutôt se calmer

La compagnie du groupe Dubreuil ne digère pas le sauvetage de Corsair par des investisseurs antillais. Pourtant elle bénéficie aussi d’aides d’Etat conséquentes.

Air-Caraïbes va-t-elle engager un bras de fer juridico-commercial pour s’opposer au projet de sauvetage de Corsair ? Tout laisse penser que la compagnie du groupe Dubreuil compte entraver par tous les moyens légaux cette opération. L’on évoque une action visant à rendre suspensive la décision à venir du tribunal de commerce de Créteil concernant l’homologation du plan de continuation de son concurrent. Décision attendue le 17 décembre prochain. Au lendemain du feu vert nécessaire de la commission européenne.

Ce qu’Air-Caraïbes ne dit pas

Un calendrier qu’Air Caraïbes voudrait bien perturber. Ses dirigeants ne s’en cachent d’ailleurs pas, à force de déclarations sans équivoque sur leurs intentions d’en découdre. Or donc, ce sont les aides d’Etat mobilisés pour le sauvetage de Corsair, qui ne passent pas dans le camp Dubreuil. A savoir ces 141 M€ qui sont en réalité des prêts ou aménagements de dettes qui devront être remboursés.

Qu’à cela ne tienne, c’est le principal angle d’attaque d’Air-Caraïbes. Sauf qu’en y regardant de plus près, sur le plan des aides d’Etat cette compagnie n’est pas mal lotie. Loin de là. Elle a bénéficié d’un prêt garanti par l’Etat (PGE) de 150 M€. Vous y ajoutez 120 M€ d’aides sur les achats d’avion (2 Embraer 145, 1 Embraer 190, 6 ATR 72 et 1 A330).

Et nous sommes déjà à près de 270 millions d’euros de financements publics au profit de la compagnie à l’emblème de l’arbre du voyageur. Cette estimation ne tient même pas compte des exonérations de charges auxquelles Air-Caraïbes peut aussi légitimement prétendre et dont elle ne se prive pas.

De la menace aux actes ?

Peut-on reprocher à l’Etat de tout mettre en œuvre pour éviter que deux compagnies aériennes ne se partagent le transatlantique au départ et à destination de nos territoires ? Fallait-il laisser Corsair disparaitre pour installer un duopole et faire place à des risques évidents d’ententes sur les tarifs qui auraient alors été pratiqués par Air-France et Air-Caraïbes ?

Est-ce à ce point insupportable pour certains, que des investisseurs guadeloupéens soient à la manœuvre pour réaliser ce coup mémorable, avec de solides chances de réussite? On est en droit de se poser ces questions.

Redistribution des cartes ?

Les consommateurs de nos régions et les visiteurs désireux de se rendre chez nous, doivent pouvoir faire jouer une vraie concurrence sur ces lignes entre les Antilles et Paris. Gageons que des projections avaient déjà été faites, en termes de business, sur les parts de marché de Corsair qui auraient pu être récupérées si la compagnie n’avait pu bénéficier de ce sauvetage inattendu.

Ce scénario éventuel et fortement envisagé avant que le consortium antillais ne rentre en piste, a sans doute pesé dans la valorisation du ticket d’entrée de la CMA-CGM au sein du capital d’Air-Caraïbes. De quoi expliquer cette hostilité clairement affichée à l’égard du projet piloté par Eric Koury et Patrick Vial-Collet ?

Stratégie de communication à haut risque ?  

Enfin, au-delà des exigences du monde des affaires et des violents vents d’altitude auxquels sont rompus les dirigeants de ce niveau, il y a sans doute pour Air-Caraïbes, un risque à ne pas négliger. Celui d’apparaître aux yeux de l’opinion locale comme de farouches opposants à un projet de reprise porté par des investisseurs antillais. Une telle stratégie de communication pourrait nuire à l’image de la compagnie et renforcer à l’inverse celle de Corsair.

Le transporteur aérien en cours de sauvetage aurait de quoi surfer, si l’opération se réalise, sur un réflexe affinitaire de nos compatriotes. Plus encore, si le consortium antillais de reprise de Corsair ouvre effectivement, comme il s’y prépare, une partie du capital de la compagnie aux particuliers ultramarins qui souhaiteraient embarquer dans l’aventure. Même avec des moyens modestes comparés à ceux investis par le premier cercle des nouveaux gros actionnaires.