Régionales 2021 en Guadeloupe : le vrai casting se précise

A deux mois des régionales, les choses se précisent en Guadeloupe. La bataille pourrait être bien plus disputée qu’on ne le pense.

Les régionales et départementales des 20 et 27 juin prochain feront date. Peu importe le nombre de listes et de candidats. L’on devrait vivre un scrutin inédit à plusieurs titres. D’abord au regard du contexte. La crise du covid-19 a fait bouger les lignes quant à la perception même de la chose politique par l’opinion publique guadeloupéenne. L’absence de prise de nos élus sur les décisions induites par cette crise sanitaire n’est pas étrangère à la montée en puissance de la société civile et des courants identitaires.  

Ensuite, ces scrutins se singulariseront par leur basculement brutal dans une campagne qui promet d’être avant tout digitale et médiatique. Les démonstrations de force à grand renfort de meetings comme baromètres de l’adhésion populaire sont à oublier. Les rassemblements de masse ne seront certainement pas autorisés à nouveau d’ici là. Gare donc à la ringardisation de certaines listes, candidats ou partis qui commettraient l’erreur de négliger cette donnée stratégique.

Changement de référentiel et de grille de lecture

Et puis, il y a ce casting qui s’affine au fil des jours et qui pourrait marquer réellement le saut de la Guadeloupe dans le monde politique d’après. Sans que cela n’obère pour autant la capacité de réélection de tels ou tels futurs candidats de premier plan. Plusieurs marqueurs nous y préparent.  

Si le nombre de listes qui brigueront les suffrages des électeurs pour ces régionales n’aura à priori rien d’exceptionnel par rapport aux précédents scrutins du même type. C’est surtout la part que représenteront celles issues de la société civile et/ou d’affirmation identitaire qui risque fort de brouiller les pistes. L’Alyans Nasyonal Gwadloup (ANG) qui vient de confirmer sa participation aux régionales ne doit pas être négligée. Le discours dont est porteur ce mouvement n’effraie plus l’opinion comme par le passé. Il faudra voir ce que cela donnera dans les urnes.

Autre inconnue dans cette équation, la poids politique réel de Sentinelles Guadeloupe, du bouillonnant Eric Coriolan, également sur les rangs et omniprésent sur les réseaux sociaux. Sans oublier, LGCA, la Guadeloupe Consciente en Action, de Christelle Nanor. Une déçue du CIPPA d’Alain Plaisir, qui a fait le choix de voler de ses propres ailes. Le CIPPA qui n’avait guère fait plus de 2600 voix en 2015 et dont le leader-fondateur espère être davantage audible cette fois. Autant de fixateurs potentiels d’un électorat guadeloupéen déçu par l’offre politique actuelle, abstentionniste ou faisant le triste constat de l’incapacité des partis traditionnels à se renouveler.

Max Mathiasin comme trublion sérieux ?

Mais le vrai top départ de ces régionales pourrait bien venir de la candidature en passe d’être confirmée sous peu, du député de la 3ème circonscription Max Mathiasin. Il bénéficierait de sources concordantes, de plusieurs soutiens de poids. A la FRAPP d’Eric Jalton on se tâte. Au sein du PAREE ce serait plus tranché en faveur du député Mathiasin. Des maires socialistes pourraient aussi se laisser convaincre. Quid d’ailleurs de la fédération guadeloupéenne du PS. Sera-t-elle en capacité de présenter une liste d’union de la gauche à ces régionales ? Compliqué pour elle de se ranger d’un seul bloc derrière Max Mathiasin après la position qui fut la sienne en 2015, alors qu’il était 1er secrétaire de la fédération. Compliqué ne veut cependant pas dire impossible.

Des régionales 2021 sans tête de liste PS ?

L’option de Josette Borel-Lincertin comme recours ultime depuis la défection de Jocelyn Sapotille et la discrétion surprenante de certains cadors du parti, pose question. C’est à se demander si la piste JBL résistera encore longtemps aux avis les plus sceptiques au sein de la famille socialiste. L’intéressée désirait-elle vraiment se lancer dans cette bataille des régionales ou fait-on en sorte de l’y encourager avec insistance ?

Et si pour cette fois, le candidat de la gauche socialiste et progressiste n’était pas issu du PS fédération ? L’idée semble faire son chemin. Y compris au sein du parti. Cette petite musique s’entend aussi dans les rangs du PPDG pour qui Mathiasin peut incarner un bon candidat. Reste que parler d’accord à ce stade est très prématuré. Il faudra en tout cas que ceux qui veulent croiser le fer avec le président de région sortant se déterminent rapidement car le compte à rebours est enclenché.

GUSR contraint et forcé de se rallier à Chalus ?

Si ce casting se confirme, avec le libre Max comme trublion désigné pour venir disputer sa réélection à Ary Chalus, l’exécutif régional sortant serait bien inspiré de se méfier. Jalton et la FRAPP dans l’escarcelle de Mathiasin, on peine à y croire. Mais la politique en Guadeloupe n’est pas à une incohérence près. Il n’empêche que cela changerait considérablement la donne. Le président de région sortant de toute façon n’a d’autre choix que de verrouiller un accord solide avec GUSR, pour s’appuyer sur le maillage territorial du parti de Guy Losbar. Ce dernier doit tenir sa convention très attendue, le 25 avril prochain, pour officialiser sa position. Celle-ci déterminera en grande partie, le choix final et réel du camp Jalton, nous a confié un de ses lieutenants.  

Occuper le terrain médiatique

Guadeloupe Unie Solidaire et Responsable peut aussi légitimement rêver – aussi – d’une majorité de travail au conseil départemental. Mais pour les régionales GUSR verra sans doute – à dessein ? – une partie de son fonds de commerce idéologique picorée par ANG. L’Alyans Nasyonal Gwadloup dont on dit qu’elle pourrait servir de réserves de voix pour Chalus en cas de second tour. L’un de ses fondateurs, Vincent Tacita s’en est pourtant défendu dans Franc-Parler sur Eclair TV, écartant toutes consignes au second tour. A voir.   

Alors que ses adversaires fourbissent leurs armes, Ary Chalus semble parier sur sa côte de popularité. Quand bien même a-t-elle pu être mise à l’épreuve en cette fin de mandat. Le président de région sortant est un fin tacticien politique. Il l’a déjà prouvé. Sa présence renforcée sur le terrain ces dernières semaines et par voie de conséquence dans les médias, n’est pas neutre. Il va néanmoins devoir déployer de la stratégie de haute volée pour contenir cette adversité qui s’annonce. Multiplier les listes pour disperser les voix et affaiblir ses principaux adversaires au 1er tour est une phase de jeu politique connue.

Comment mobiliser un électorat sous tension

Ces scrutins régionaux et départementaux vont consacrer enfin la disparition des radars, de la droite dite traditionnelle en Guadeloupe. Exit Les Républicains en tant que tels. Avec le regretté Laurent Bernier, ils avaient tout de même su rallier plus de 6.000 électeurs en 2015. C’est désormais le Rassemblement National qui peut espérer capter cet électorat, avec comme tête liste la députée européenne Maxette Pirbakas.

Dès lors que l’ensemble des prétendants à la direction des affaires du pays sera connu. Il sera temps, on l’espère, d’envisager les vrais enjeux et défis d’un pays que la crise du covid-19 a rendu encore plus malade. Mobiliser un électorat qui galère, qui vit dans l’angoisse de la précarité galopante et dans la peur du lendemain, ne sera pas simple. Sans parler de ces boules puantes qui s’inviteront inévitablement dans ces joutes électorales, comme c’est déjà le cas. Nous ne sommes peut-être pas au bout de nos peines.