Relance : la Région Guadeloupe décline sa méthode

Ce vendredi la Région Guadeloupe dévoile l’ébauche de son plan de relance post covid-19. Il sera finalisé d’ici à début septembre. Suffira-t-il ?

L’urgence est là, au quotidien. Et chaque jour des entrepreneurs peinent un peu plus à joindre les deux bouts. D’autres ont déjà mis la clé sous la porte ou s’apprêtent à le faire. Les avis de mise en recouvrement, de mise en demeure et autres injonctions fiscales ou sociales n’ont pas pris de vacances. La réalité politique est parfois tellement loin de la réalité économique. Deux mondes trop souvent parallèles, hélas. C’est que la mise en œuvre des politiques publiques va à son rythme. Il faut du temps pour bâtir un plan de relance. Les entreprises et secteurs qui souffrent n’ont d’autres choix que de l’entendre et d’espérer du concret dès que possible. La stratégie de la collectivité régionale repose sur deux temporalités pour impulser cette relance. Le court terme, d’ici 24 mois et le moyen terme, au-delà de deux ans.

Gérer l’urgence

Dans l’immédiat, 13 mesures mettant l’accent sur les projets mûrs sont proposées. Objectif, permettre un rebond de l’investissement à travers les aides aux entreprises et la commande publique. Elles se déclinent ainsi. 5 millions d’euros supplémentaires pour le dispositif Prêt Rebond. 10 millions d’euros pour le Fonds Régional de Garantie pour les prêts bancaires. 700 millions d’euros sur cinq ans pour l’investissement dans les réseaux d’eau potable. 3 millions de passagers à Pôle Caraïbes en poursuivant la modernisation des infrastructures aéroportuaires. Construire un campus santé, accueillant un pôle recherche et les écoles de formation sanitaire et sociale, à proximité du futur Centre Hospitalier Universitaire.

Encourager les circuits courts

Autres axes retenus. Mettre aux normes parasismiques des bâtiments scolaires ainsi que des ouvrages routiers (ponts). Renforcer le dispositif Aide régionale de solidarité à l’amélioration de l’habitat (ARSAH). Là, il s’agit de répondre à la suppression de logements indignes et de fournir aux artisans et très petites entreprises (TPE) un volume conséquent de travaux à réaliser. La mise en place d’un WIFI territorial sur l’ensemble de l’archipel pour accélérer le désenclavement du territoire. Repositionner la destination Guadeloupe au cœur de ses principaux marchés et assurer la réussite de la prochaine saison touristique notamment par la mise en œuvre du dispositif de chèques vacances pour soutenir la demande locale.

L’ambition affichée consiste aussi à créer le Marché d’Excellence Régionale basé sur une plateforme numérique pour faciliter la rencontre entre l’offre et la demande. Acquérir un matériel roulant « propre » pour le transport interurbain, dans le cadre de la transition écologique. Poursuivre l’investissement dans les énergies renouvelables afin d’atteindre les objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie. Construire une technopole de dimension régionale Audacia, véritable cluster d’innovation.

Un beau catalogue

En ce qui concerne le moyen terme, c’est-à-dire en se projetant au-delà de deux ans. La volonté est de hisser l’économie guadeloupéenne sur une trajectoire de croissance pérenne. Via une impulsion forte donnée aux secteurs clés et stratégiques. Cela passera par le développement d’une agriculture raisonnée et biologique en vue d’augmenter la production. Et ainsi mieux répondre à la demande du marché local dans un objectif de recherche de souveraineté alimentaire. La Région envisage de même de cibler les investissements sur le haut de gamme en matière d’hébergement touristique (hôtellerie et villas). D’optimiser l’aquaculture par un soutien à l’investissement dans l’ensemble de la filière. De Créer un lycée de la mer ou un institut de formation aux métiers du bleu.

Guadeloupe

La collectivité régionale annonce par ailleurs des investissements dans du matériel médical de pointe et à des fins de rééquilibrage du territoire. Le développement de la télémédecine et des maisons de santé.  L’accompagnement renforcé d’une industrie de produits de phytothérapie pour valoriser les plantes médicinales et aromatiques. Il est aussi question du déploiement d’un plan massif de soutien à l’industrie agro-alimentaire afin réduire la dépendance aux importations (territoire d’industrie). Et soutenir l’innovation pour augmenter les avantages comparatifs des productions locales et les rendre plus compétitives.

Comment passer de l’abstrait au très concret

Etrange, dans cette première ébauche, rien – sauf erreur – sur la fiscalité locale. D’autant plus étrange qu’elle pèse sur la compétitivité des entreprises. Mais ces aspects seront sans doute abordés durant les prochaines semaines avec les acteurs concernés. La région il est vrai, a fixé le cadre de ce projet de plan de relance. Reste à affiner, à finaliser. C’est ce qui se fera durant tout le mois d’août au travers des consultations annoncées avec les acteurs économiques et partenaires. Ensuite, entre le 1er et le 7 septembre 2020, ce plan de relance finalisé sera présenté en séance plénière. D’ici là, il faut souhaiter que des moyens financiers supplémentaires viendront abonder les crédits initialement affectés à cette stratégie de reprise.

Pour rappel, le Budget Primitif 2020 de la région qui s’élève à 822 millions d’euros prévoit un total de 292 millions d’euros d’opérations nouvelles. Le Plan Pluriannuel d’Investissements initialement de 776 millions d’euros s’élève ainsi à 972,6 millions d’euros au terme de cette année, soit 125 % de l’objectif initial. La Région en tant qu’autorité de gestion des fonds européens mobilise 120 millions d’euros pour la réalisation de projets (santé, PME, transition numérique, services d’intérêt public impactés par la crise, maintien à l’emploi). Au total, ce sont plus de 500 millions d’euros pour des investissements nouveaux au cours des trois prochaines années. L’exécutif régional promet d’utiliser tous les leviers pour optimiser ces investissements. Mais la souveraineté économique prônée n’aura de sens, à court terme, qu’à la lumière du nombre de défaillances d’entreprises en Guadeloupe, liées directement ou pas à la crise du covid-19. C’est déjà un bon début.