Scandale Pirbakas : la communauté indienne de Guadeloupe prend ses distances et met en garde contre tout amalgame

Des associations de guadeloupéens d’origine indienne prennent position dans l’affaire du vote de la députée RN de Guadeloupe. Leur condamnation est sans équivoque. Nous publions de larges extraits de leur lettre ouverte.

Le vendredi 19 juin 2020, le Parlement Européen par une résolution adoptée à la majorité de 493 voix, 104 voix contre et 67 abstentions, déclare que « la traite des esclaves est un crime contre l’humanité ». Une guadeloupéenne, eurodéputée, Mme Maxette PIRBAKAS, représentante du Rassemblement National et membre du groupe Identité et Démocratie a, selon ses dires, tantôt voté contre, tantôt s’est abstenue. Qu’importe le vote ! Ce qu’il convient de constater, c’est qu’elle n’a pas voté en faveur de la résolution. Et tout comme l’ensemble des guadeloupéens, nous sommes indignés ! C’est une véritable insulte aux Guadeloupéens, à tous les Guadeloupéens, directement issus de l’esclavage ou non. C’est une insulte à l’Humanité !

Ce qu’il convient de constater, c’est qu’elle n’a pas voté en faveur de la résolution. Et tout comme l’ensemble des guadeloupéens, nous sommes indignés !

Une posture inacceptable

Qu’elle ait été présente ou pas ou que ce soit son président de groupe qui a procédé au vote. C’est en son nom que le vote a été enregistré. L’appartenance politique de Mme PIRBAKAS préfigure tous ses votes, d’aujourd’hui et de demain. Ne pas voter en faveur de l’initiative de Younous OMARJEE, revient à nier l’Histoire notamment celle de la Guadeloupe.

L’appartenance politique de Mme PIRBAKAS préfigure tous ses votes, d’aujourd’hui et de demain. Ne pas voter en faveur de l’initiative de Younous OMARJEE, revient à nier l’Histoire

L’Histoire des peuples arrachés, des peuples déracinés, des peuples transplantés !  Nous avons donc les députés européens choisis pour nous ! Ce n’est plus le suffrage universel qui décide ! Les vrais responsables sont les partis politiques traditionnels de droite, du centre et de gauche qui n’ont permis à aucun guadeloupéen d’être en position éligible.

Pas d’amalgame

Ce qui nous dérange et nous offusque, c’est ce double déferlement contre les guadeloupéens et contre les guadeloupéens d’origine indienne. Pour rappel, si les personnes d’origine indienne se disent guadeloupéens. Pour de trop nombreux autres compatriotes y compris les médias, ces personnes font parties de la « communauté indienne » et non du peuple guadeloupéen. Jusque-là c’est tolérable, car des communautés, il y en a partout et pas forcément celles axées sur les origines. Mais, en tant que guadeloupéens d’origine indienne, nous sommes tout aussi indignés par la malhonnêteté de certains de nos compatriotes. Ceux qui laissent entendre que tous les « indo-descendants » guadeloupéens partageraient les idées et positions de Mme PIRBAKAS. Parce que ne se sentant pas concernés par l’esclavage.

Qui a d’abord développé les thèses du FN en Guadeloupe ?

Tous les guadeloupéens ne sont pas d’extrême droite et donc. Il en est de même pour les personnes d’origine indienne. Cette confusion avait déjà été entretenue à l’annonce de la présence de cette personne sur la liste FN/RN aux élections européennes, oubliant que les pionniers de l’implantation du FN en Guadeloupe étaient des guadeloupéens « afro-descendants ».

Il faut donc considérer Mme PIRBAKAS comme une élue de France issue d’un parti politique d’extrême droite de France !

A ce moment-là, personne, et avec raison, ne s’était permis de dire que tous les nèg Gwadloup étaient des FN ! L’amalgame doit être stoppé. Et il faut donc considérer Mme PIRBAKAS comme une élue de France issue d’un parti politique d’extrême droite de France !

Demeurer les héritiers de Sidambarom

Nous nous devons de rester dans le droit fil du combat initié par Henry SIDAMBAROM et d’autres guadeloupéens. Nous, Guadeloupéens, ne nous exprimons pas en tant que personnes d’origine indienne, mais en tant qu’êtres humains. L’histoire de l’engagisme fait suite à celle de l’esclavage. Cette histoire commune a comme responsable la colonisation et la société de plantation pour la production de richesses.

Eric Williams a dit, dans son ouvrage « Capitalisme et esclavage » : « Mais l’abolition de l’esclavage ne signifiait pas la suppression des plantations sucrières. L’émancipation des Noirs et l’inadaptation de l’ouvrier blanc relancèrent le planteur dans la situation qui était la sienne au 17ème siècle, comme alors il avait besoin de main d’œuvre. Il était auparavant passé de l’Indien au Blanc, puis au Noir. Maintenant privé de Noir, il s’était à nouveau tourné vers le Blanc, puis vers l’Indien, cette fois-ci, l’Indien de l’Inde… ». Nous nous élevons donc énergiquement contre ce déni de l’histoire, et nous nous battrons pour éviter tout amalgame qui pourrait être fait à l’encontre de la Guadeloupe et de son peuple.

Préserver l’unité des guadeloupéens de toutes origines

Une fois de plus, nous mettons en garde tous ceux qui veulent semer la division au sein du peuple Guadeloupéen. Nous devons poursuivre ensemble la construction de notre pays, du péyi Gwadloup, ne l’oublions jamais ! Ensemble, nous sommes plus forts !

Texte signé par : Frantz GOBALY (Association Saravanam), Olivier MOUNSAMY, Elie SHITALOU (Sanatan Dharma Samaj), Cheddi SIDAMBAROM, Eliézère SITCHARN, Comité du Premier Jour

*Les intertitres sont de la rédaction