Social : la semaine de tous les dangers en Guadeloupe ?

Les conflits des carrières de Deshaies et des sablières de Guadeloupe prennent un tournant dangereux. En témoigne, les agressions dont affirment avoir été victimes deux dirigeants de ces sociétés.  

C’est une expression connue dans la gestion d’une grève. Le moment où le conflit social devient mûr. Avant ce stade, chaque partie s’emploie à lui donner de l’engrais. Jusqu’à ce que le bon sens l’emporte. Et dans certains cas, hélas, jusqu’au dérapage. Le dénouement l’an dernier, à la même période, du long conflit de Carrefour Milénis, en est le parfait exemple.

Chacun en Guadeloupe se souvient du retournement brutal et radical de l’opinion. Dès lors que les grévistes ont pénétré de force dans le centre commercial, qui avait pourtant été fermé. C’était un samedi à la mi-journée au terme de la manif de trop, sans doute. Les images parlaient d’elles-mêmes. Le protocole de fin de conflit allait être signé quelques heures après. Sans que les salariés grévistes de l’enseigne ne puissent crier victoire. Loin de là.

La guerre des nerfs

Car c’est bien la clé dans le rapport de force social. Savoir contrôler ses nerfs et surtout tenir ses troupes. Cela est valable pour les deux camps. En l’espèce, les évènements de la journée du vendredi 29 janvier dernier marquent un tournant dans l’escalade qui est à l’œuvre depuis plusieurs semaines sur le front social en Guadeloupe. Au lendemain de l’opération escargot menée sur plusieurs axes routiers de la Basse-Terre, des faits d’une extrême gravité se sont déroulés.

L’on n’imagine même pas l’embrasement qui s’en serait suivi en Guadeloupe si d’aventure les victimes de ces agressions présumées avaient été autres.

L’on apprend que le directeur technique des Sablières de Guadeloupe aurait été agressé dans sa voiture par un des grévistes. L’assaillant serait entré de force dans le véhicule de la victime. Les vigiles ont dû intervenir pour maîtriser l’agresseur. Pendant ce temps, un autre gréviste aurait violemment balancé un caillou sur le pare-brise de la voiture du cadre en question. Plainte a été déposé pour ces faits.

L’UGTG indique en avoir fait de même. Au motif que ce sont ses grévistes mis en cause, qui auraient d’abord fait l’objet d’une agression. Sauf que les caméras de vidéo-surveillance ont tout filmé. Et les séquences montrent clairement le déroulement des faits. Ces vidéos circulent visiblement sur les réseaux sociaux

Deux agressions intolérables

Le même jour, c’est le directeur de la carrière de Deshaies, qui était sérieusement blessé à la tête par un projectile. En l’occurrence une pierre, lancée dans sa direction. L’auteur présumé de cet acte n’a pas pu être formellement identifié. Il était dans un attroupement, dans le dos de la victime.

Suite à cette agression, le patron de la carrière de Deshaies a dû être conduit au CHU, d’où il est sorti en fin de journée. Là aussi, une plainte est déposée. Il appartient aux enquêteurs de faire toute la lumière sur ces faits. Les auteurs présumés, à ce stade, bénéficient bien entendu de la présomption d’innocence. Reste que l’on n’imagine même pas l’embrasement qui s’en serait suivi en Guadeloupe si d’aventure les victimes de ces agressions présumées avaient été autres.

Le danger pour les grévistes : le retournement de l’opinion

Si la tension monte à ce point, c’est que les astreintes pour entraves commencent à peser lourd. En plus des salaires non versés depuis maintenant deux mois, avec le refus – encore plus motivé – du paiement des jours de grève par la direction des sablières.

L’analyse par nos outils de la résonnance de ces conflits sur la toile et les réseaux sociaux en dit long sur la perception de l’opinion. Les mentions associées à cette actualité ont vu leur nombre croitre durant la semaine écoulée. C’est lié évidemment à l’opération escargot initiée par l’organisation syndicale. Il faudra attendre le début de la semaine pour mesurer l’impact des faits de violences relatés.

A la date du samedi 30 janvier 2021, les mentions relatives à ce contexte social affichaient une hausse de plus de 230% par rapport à la semaine précédente. Avec une portée de plus de 16.000 sur la toile et les réseaux sociaux, en progression de 52%. Le pic de la semaine a bien sur été enregistré jeudi dernier, au plus fort des perturbations sur le réseau routier.

Le social plus commenté sur la toile que le dossier de l’eau

Le sujet a nettement dominé du coup, celui du dossier de l’eau pourtant très prégnant ces derniers jours. Avec notamment l’adoption, par l’assemblée nationale, de la proposition de loi créant le syndicat unique. Les concepts clés le montrent très clairement.

Mais l’élément important réside dans le fait que la tonalité des publications et commentaires est très majoritairement négative pour l’organisation syndicale et les grévistes. Cela se vérifie aussi bien sur les remontées de données quelque soient les mots clés associés. Les dérapages du vendredi 29 janvier 2021 et les images qui circulent risquent fort d’amplifier cette tendance lourde. Cela va fatalement peser sur le climat des négociations qui doivent reprendre ce lundi 1er février 2021 entre les parties.